"Arco", un film d'animation malin, mais pas que
"Arco", un film d'animation malin, mais pas que
Mercredi 22 octobre 2025 est sorti au cinéma le premier film du bédéaste français Ugo Bienvenu, qui puise dans de multiples références très générationnelles pour livrer un récit mélancolique.
Mercredi 22 octobre 2025 est sorti au cinéma le premier film du bédéaste français Ugo Bienvenu, qui puise dans de multiples références très générationnelles pour livrer un récit mélancolique.
Ce sont encore les vacances scolaires ; occupons nos amis les enfants, avec, par exemple, ce film qui s’intitule Arco, signé Ugo Bienvenu, que l'on connaissait jusque-là comme une jeune plume très douée de la bande dessinée française, et qui s’essaie donc à l’animation. On y reconnaît - peut-être trop et c’est un peu le problème - des tas d’ingrédients du film qui plaira aux petits et aux grands, mais toutes ces références cohabitent sans trop se mélanger, dans une forme d’indétermination et d’ambivalence bienvenue dans le champ de la fiction grand public.
Cela commence dans le ciel. Arco vit avec sa sœur et ses parents dans une maison toute ronde perchée sur une très haute plateforme. Il dort en apesanteur chaque nuit, discute avec les oiseaux, et attend sa famille qui régulièrement part voyager dans le passé grâce à une combinaison et un diamant qui diffracte la lumière. Arco n’a pas encore douze ans, il n’a donc pas le droit lui, et pourtant il a très envie d’aller voir les dinosaures en vrai. Une nuit, il vole le matériel de sa sœur, et se lance. Le voilà atterri dans les années 2070, sur une planète en proie à des tempêtes et des méga feux, où les maisons sont protégées par des bulles activées en cas de danger, et où des robots doués d’intelligence artificielle s’occupent des tâches domestiques. Iris vit dans un de ces pavillons, avec son petit frère et un robot, Mikki, qui pallie les absences de ses deux parents, partis travailler ailleurs. C’est elle, qui, un jour de fugue, tombe sur Arco échoué dans la forêt. Les deux enfants s’apprivoisent, se parlent de leurs mondes respectifs, sous le regard curieux de trois personnages étranges munis de lunettes de soleil et de matériel souvent défectueux, qui se sont empressés de voler le fameux diamant d’Arco.
Râteliers
C’est vraiment un mélange assumé entre les films japonais de Miyazaki, et le cinéma américain des années 90, dont on imagine qu’ils ont largement influencé Ugo Bienvenu, né en 1987. Le futur nuageux dans lequel vit Arco ressemble au Château dans le ciel mâtiné de futurisme occidental, la musique symphonique dans laquelle baigne le film ressemble très fort aux bandes originales lyriques et foisonnantes du maître japonais. Le monde d’Iris, quant à lui, ressemble aux banlieues américaines faussement tranquilles où vivent de petits héros débrouillards bien connus, des jeunes gens dont les parents sont absents, qui rencontrent des méchants qui sont bêtes comme leurs pieds, et font l’apprentissage de la gravité, de la mélancolie et de la nostalgie auprès d’êtres fantastiques. Il y a ainsi dans Arco des séquences d’hommage, peut-être un peu collées/forcées à ET, le film de Spielberg, notamment quand la jeune fille ramène son nouveau compagnon évanoui sur son deux roues dans les rues nocturnes - le scooter électrique a seulement remplacé la bicyclette. On sent que le film, produit entre autres par l’actrice américaine Natalie Portman, s’est servi à tous les râteliers pour proposer une synthèse de tout ce qui a fait ses preuves, mais en tentant d’adapter tous ces motifs à des enjeux plus contemporains, en l’occurrence la crise climatique, qui est en réalité le seul danger réel que doivent affronter les héros.
Cette nécessaire adaptation crée des ratés parfois, elle rend obsolètes certains enjeux et personnages, notamment ce trio d’apparemment méchants, qui en réalité ne servent pas à grand-chose, à part à être drôles. De fait Arco est plus compliqué qu’il n’en a l’air, et fait se rencontrer deux mondes graphiques et narratifs, en les fondant dans le dessin très fin et coloré d’Ugo Bienvenu - l’un occidental et l’autre japonais. Ce mélange brouille finalement les morales et les dénouements faciles : beaucoup de choses y restent en suspens, et laissent le spectateur dans une forme d’inquiétude plutôt bienvenue.
À écouter
28 min
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