Avec "Les Aigles de la République", Tarik Saleh signe un film brillant sur la manipulation politique
Avec "Les Aigles de la République", Tarik Saleh signe un film brillant sur la manipulation politique
Trois ans après le succès de "La Conspiration du Caire", le cinéaste offre une nouvelle plongée dans les arcanes du pouvoir égyptien, entre comédie et film noir. France Télévisions -...
Trois ans après le succès de "La Conspiration du Caire", le cinéaste offre une nouvelle plongée dans les arcanes du pouvoir égyptien, entre comédie et film noir.
France Télévisions - Rédaction Culture
Publié le 11/11/2025 08:25
Temps de lecture : 4min
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Fares Fares dans le film "Les Aigles de la République" de Tarik Saleh. (YIGIT EKEN)
Après Le Caire confidentiel et La Conspiration du Caire, le réalisateur suédois Tarik Saleh boucle sa trilogie cairote avec Les Aigles de la République, en salles mercredi 12 novembre, qui raconte l'histoire d'un acteur embarqué malgré lui dans les arcanes du pouvoir égyptien.
George Fahmy, surnommé le "pharaon des écrans", est un acteur de cinéma adulé dans tout le pays. Grand séducteur, il vit avec Donya, une jeune femme qui pourrait être sa fille, et passe son temps à mentir. Il se préoccupe peu de son grand fils, qui vit avec sa mère. Persuadé que sa notoriété l'exemptera de faire allégeance au président autocrate al-Sissi, il pense pouvoir refuser la proposition qui lui est faite par les hautes sphères du pays de jouer le rôle du président dans un film à sa gloire.
Il finit pourtant par céder, sous la menace, croyant encore possible de détourner ce projet de ses desseins propagandistes. C'est sans compter la présence sur le tournage du docteur Mansour, un garde-chiourme intraitable, à la botte du président. George fait le job, fréquente la garde rapprochée du président, et noue même une idylle avec l'épouse du ministre des Armées. Peu à peu, il se retrouve pris au piège d'un pouvoir prêt à tout pour rester en place.
Avec un scénario très bien ficelé, plein de surprises et de drôlerie (surtout au début, après, on rit moins), ce nouveau film de Tarik Saleh est une plongée dans les arcanes du pouvoir égyptien, détenu par le maréchal al-Sissi depuis son coup d'État en 2013. Tarik Saleh traite le sujet sous l'angle de la manipulation, et plus particulièrement de l'assujettissement des artistes à des fins de propagande.
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Lyna Khoudri et Fares Fares dans le film "Les Aigles de la République" de Tarik Saleh. (YIGIT EKEN)
L'acteur libanais Fares Fares, déjà à l'affiche du deuxième chapitre de la trilogie, excelle dans le rôle de cette vedette de cinéma, charmeur et menteur, qui passe de la fanfaronnerie à la gravité, puis à la terreur. Il est dessiné en opposition avec le personnage du docteur Mansour, figure de rectitude morale poussée à son comble, de la graine d'extrémiste.
Le cinéaste moque le pouvoir en mettant en scène une batterie d'hommes pantins, affublés d'uniformes couverts de médailles, et leurs parades militaires, qui glorifient la force. Il donne le beau rôle aux femmes, lectrices, cultivées, animées par la passion, là où les hommes, pathétiques, ne sont bons qu'à aligner des sottises, à proférer des menaces, à mal se conduire avec leurs épouses et leurs amantes.
Un rebondissement relance l'intrigue pour le dernier tiers du film, qui prend une tonalité plus grave, et plus sérieusement politique, rappelant que ces hommes aux manettes du pouvoir ne sont pas que des clowns pathétiques, mais aussi des êtres cyniques, prêts à tout pour garder les clés du palais.
On reconnaît dans ce nouveau long-métrage la patte cinématographique de Tarik Saleh, une irrévérence baignée dans les lumières jaunes des nuits de la capitale égyptienne. Il s'amuse ici à peindre l'effervescence des plateaux de tournage, rendant au passage un hommage à l'âge d'or du cinéma égyptien, dès le générique, sur fond d'affiches à l'esthétique bien reconnaissable.
Peut-on résister, et comment résister ? Voilà les questions que pose cette nouvelle comédie noire signée Tarik Saleh, qui évoque par son piquant le cinéma de Billy Wilder, et par son engagement celui de Costa-Gavras.
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Affiche du film "Les Aigles de la République" de Tarik Saleh. (MEMENTO)
Genre : Drame, thriller
Réalisation : Tarik Saleh
Avec : Fares Fares, Zineb Triki, Lyna Khoudri
Pays : France, Suède, Danemark, Finlande, Allemagne
Durée : 2h09
Sortie : 12 novembre 2025
Distributeur : Memento
Synopsis : George Fahmy, l'acteur le plus adulé d'Égypte, accepte sous la contrainte de jouer dans un film commandé par les plus hautes autorités du pays. Il se retrouve plongé dans le cercle étroit du pouvoir. Comme un papillon de nuit attiré par la lumière, il entame une liaison avec la mystérieuse épouse du général qui supervise le film.
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