"Histoires parallèles" d'Asghar Farhadi : Isabelle Huppert dans la peau d'une écrivaine rattrapée par la fiction qu'elle a imaginée
"Histoires parallèles" d'Asghar Farhadi : Isabelle Huppert dans la peau d'une écrivaine rattrapée par la fiction qu'elle a imaginée
Avec ce film ludique et profond, le réalisateur iranien est en compétition pour la cinquième fois au Festival de...
Avec ce film ludique et profond, le réalisateur iranien est en compétition pour la cinquième fois au Festival de Cannes.
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France Télévisions - Rédaction Culture
Publié le 15/05/2026 06:10 Mis à jour le 15/05/2026 18:16
Temps de lecture : 4min
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Isabelle Huppert dans le film "Histoires parallèles" d'Asghar Farhadi, sortie le 14 mai 2026. (CAROLE BETHUEL)
Asghar Farhadi est un habitué de la Croisette, avec quatre films en compétition à son compteur. En 2013, Le Passé a valu à Bérénice Bejo le Prix d'interprétation féminine. En 2016, Le Client décroche deux prix, celui du scénario et celui d'interprétation masculine pour Shahab Hosseini. En 2021, Un héros est couronné par le Grand Prix, ex aequo avec Compartiment n° 6 de Juho Kuosmanen.
Le réalisateur iranien brigue à 54 ans une fois de plus la Palme d'or, qu'il n'a jusqu'ici jamais décrochée. Histoires parallèles, un film tourné à Paris avec Isabelle Huppert, Adam Bassa, Virginie Efira, Vincent Cassel et Pierre Niney, nous plonge dans un entremêlement de vies qui se croisent et s'entrecroisent dans une quatrième dimension tissée de réalité et de fiction. Il était présenté à Cannes jeudi 14 mai et sort le même jour dans les salles.
Sylvie (Isabelle Huppert) est écrivaine. Elle vit seule à Paris, dans le quartier de son enfance. Depuis les fenêtres de son appartement, elle a une vue directe sur celui dans lequel elle a grandi avec ses parents, celui-là même qui fut le théâtre du drame conjugal qui a brisé la vie de son père. Sylvie observe à la longue-vue ceux qui travaillent dans cet appartement, deux hommes et une femme (Vincent Cassel, Pierre Niney et Virginie Efira), des bruiteurs de documentaires animaliers, qu'elle met en scène dans son nouveau roman.
Sylvie a une nièce, Laurence, bientôt maman, qui lui présente un homme, Adam (Adam Bessa), rencontré par hasard dans le métro, pour mettre de l'ordre dans sa maison et faire les cartons. Sylvie va devoir quitter son appartement. Mais l'arrivée d'Adam va bouleverser la vie de l'écrivaine, celle d'Adam, et aussi les plans de Laurence.
Comme Pedro Almodovar, en compétition lui aussi dans cette 79e édition du Festival de Cannes avec Autofiction, le réalisateur iranien Asghar Farhadi s'intéresse à l'écriture, et aux rapports entre la fiction et la réalité. Dans l'automne de sa vie, Sylvie semble avoir vieilli avec ses meubles, avec son quartier, avec ses souvenirs, comme figée dans le temps et dans une vie géographiquement sans mouvement.
Et pourtant, elle voyage, dans son imagination, avec des histoires qu'elle tisse entre ce qu'elle observe depuis sa fenêtre – la vie des autres – et sa propre histoire. Son éditrice (Catherine Deneuve) la trouve "has been", mais que va-t-il se passer quand Adam, en lisant son roman, va se mettre à confondre fiction et réalité ?
Inspiré par le Décalogue de Krzysztof Kieślowski, le réalisateur joue avec les temporalités et les personnages, nous faisant naviguer du réel à la fiction avec une mise en abîme qui rend poreuse la frontière entre ces deux dimensions. Le réel, transfiguré par l'écrivaine, devient fiction. Jusque-là rien que de très classique. Mais le réalisateur pousse le bouchon un peu plus loin en observant ce qui se passe quand, dans un mouvement inverse, la fiction s'invite dans le réel. Sylvie observe un trio qui fabrique des sons pour illustrer des documentaires, une réalité donc. Ainsi on s'interroge : ce que nous regardons comme le réel est-il plus vrai que la fiction ? La fiction peut-elle dévoiler une vérité plus juste que le réel ?
Le réalisateur iranien travaille cette idée dans la mise en scène en faisant circuler les répliques d'une dimension à l'autre, en choisissant une caméra en mouvement, une lumière naturelle, un mode quasi documentaire pour saisir le réel, et des cadres, une lumière, des décors et des costumes plus cinématographiques pour nous emmener dans la fiction.
La jalousie, la trahison, le désir, la solitude, la vérité… Asghar Farhadi poursuit son exploration des relations humaines, et du couple, cette fois dans une mise en scène ludique qui interroge aussi le spectateur sur sa propre place dans son expérience du cinéma, en lui donnant à voir les coulisses de la fabrique fictionnelle. Comment la fiction nous touche-t-elle ? À quoi croyons-nous ou pas quand nous sommes dans une salle obscure, comment nous approprions-nous les histoires qui se jouent à l'écran ? En quoi le cinéma est-il une mise en miroir de nos vies ? Toutes ces questions traversent le film, sans lâcher une intrigue qui nous tient en haleine de bout en bout.
Le film est servi par un casting de luxe. Isabelle Huppert campe sans retenue cette femme mûre enfermée dans son enfance, à la fois mélancolique, capricieuse, fantasque et libre, qui compose avec Adam Bessa dans le rôle d'Adam un étonnant binôme. Virginie Efira, Vincent Cassel et Pierre Niney – le trio objet du fantasme de l'écrivaine – glissent avec adresse entre leurs personnages réels et fictionnels.
Avec ce film très singulier, Asghar Farhadi brosse en creux la peinture d'une ville. Paris, une métropole où il vit par intermittence depuis plusieurs années, et qu'il choisit de filmer dans son versant intime, de l'intérieur, loin des cartes postales et des clichés. Une ville où des milliers de destins et d'"histoires parallèles" tracent leur route, la plupart du temps sans se croiser.
Cette histoire peut aussi être regardée comme le récit de l'exil, et d'une rencontre entre deux exilés : Sylvie, expatriée dans sa propre vie depuis l'enfance, et Adam, dont on imagine qu'il est loin de chez lui. Cette rencontre, pour Sylvie, comme pour Adam, ouvrira, on l'imagine, on l'espère, les portes d'une nouvelle vie, d'un nouveau départ, d'une nouvelle inspiration.
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Affiche du film "Histoires parallèles" d' Asghar Farhadi, présenté en compétition au Festival de Cannes, sortie le 14 mai 2026. (MEMENTO)
Genre : Drame
Réalisation : Asghar Farhadi
Avec : Isabelle Huppert, Virginie Efira, Pierre Niney
Pays : France, Etats-Unis, Italie, BelgiqueDurée : 2h19Sortie : 14 mai 2026Distributeur : Memento
Synopsis : En quête d'inspiration pour son nouveau roman, Sylvie espionne ses voisins d'en face. Quand elle engage le jeune Adam pour l'aider dans son quotidien, elle ignore que celui-ci va bouleverser sa vie et son travail, jusqu'à ce que la fiction qu'elle avait imaginée dépasse leur réalité à tous.
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