La Palme d'or pour "Fjord", le Grand Prix pour "Minotaure", "Notre salut" distingué pour son scénario... Le palmarès du Festival de Cannes 2026 célèbre un cinéma audacieux et politique
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La Palme d'or pour "Fjord", le Grand Prix pour "Minotaure", "Notre salut" distingué pour son scénario... Le palmarès du Festival de Cannes 2026 célèbre un cinéma audacieux et politique

24 mai 2026
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La Palme d'or pour "Fjord", le Grand Prix pour "Minotaure", "Notre salut" distingué pour son scénario... Le palmarès du Festival de Cannes 2026 célèbre un cinéma audacieux et politique

Le jury de Park Chan-wook a maximisé ses distinctions en désignant des ex-aequo dans trois catégories. Consulter le Dossier : Cannes 2026 : nos critiques des films...

Le jury de Park Chan-wook a maximisé ses distinctions en désignant des ex-aequo dans trois catégories.

France Télévisions - Rédaction Culture

Publié le 24/05/2026 06:00 Mis à jour le 24/05/2026 09:00

Temps de lecture : 10min

Cristian Mungiu (au centre) entouré par les primés de la 79e édition du festival de Cannes, le 23 mai 2026. (SAMEER AL-DOUMY / AFP)

Cristian Mungiu (au centre) entouré par les primés de la 79e édition du festival de Cannes, le 23 mai 2026. (SAMEER AL-DOUMY / AFP)

"Ce soir c'est la dernière note", a déclaré Eye Haïdara, la maîtresse de cérémonie de clôture de la 79e édition du Festival de Cannes, qui s'est déroulée dans la soirée du samedi 23 mai.

Avec de nombreux ex aequo, le réalisateur Park Chan-wook et son jury ont récompensé 8 films sur les 22 longs-métrages en compétition, offrant une deuxième Palme d'or au réalisateur roumain Cristian Mungiu, récompensé pour son film Fjord.

Le palmarès reflète l'ensemble de la sélection, marquée par une forte présence de l'Histoire avec un grand H, et plus largement des films qui questionnent le passé, pour mieux donner à voir le présent. Sur les cinq films français en compétition un seul, Notre salut, d'Emmanuel Marre, a récolté un prix, celui du scénario. La réalisatrice allemande Aleska Grisebach est la seule femme à avoir été distinguée pour son film L'Aventure rêvée, récompensé par le Prix du Jury. Pedro Almodovar et James Gray, deux réalisateurs habitués du Festival n'ayant jamais reçu la Palme d'or, sont une fois de plus rentrés bredouilles cette année.

Le festival a également été bousculé par la tribune anti-Bolloré, signée par plus de 3 000 professionnels, un feuilleton dont le dernier épisode, , avec qui le groupe affirme ne plus vouloir travailler, a animé la dernière journée cannoise avant l'annonce du palmarès.

Palme d'or pour "Fjord", de Cristian Mungiu, un film qui "appelle au changement"

C'est une deuxième Palme d'or pour le réalisateur roumain, qui avait déjà remporté le prix en 2007 pour 4 mois, 3 semaines, 2 jours. Cristian Mungiu est le 10e cinéaste à décrocher deux Palmes à Cannes. Après avoir "savouré" sur scène ce moment, le réalisateur roumain a remercié le jury d'avoir récompensé ce film. "Nous avons pris un risque d'élever la voix face aux risques auxquels nous sommes exposés", a déclaré Cristian Mungiu. Avec cette Palme d'or, le jury récompense en effet un film qui bouscule nos certitudes.

Sebastian Stan et Renate Reinsve dans le film du réalisateur roumain Cristian Mungiu "Fjord" présenté au Festival de Cannes en compétition le 18 mai 2026. (LE PACTE)

Sebastian Stan et Renate Reinsve dans le film du réalisateur roumain Cristian Mungiu "Fjord" présenté au Festival de Cannes en compétition le 18 mai 2026. (LE PACTE)

Fjord commence comme la chronique d'une famille ordinaire. Un couple mixte - elle est norvégienne, il est roumain - et leurs cinq enfants, viennent de s'installer dans un village en Norvège. Après un accueil chaleureux du voisinage, l'ambiance se tend quand un professeur découvre ce qu'elle croit être des marques de coups dans le dos de la fille aînée. Les services sociaux retirent immédiatement les enfants à leurs parents, et ouvrent une enquête. L'intégrisme religieux de cette famille, leurs méthodes d'éducation rigoristes, regardées d'abord comme une curiosité, se portent sur le devant de la scène du procès qui leur est fait pour violences familiales.

"Dans des sociétés aujourd'hui fracturées, radicalisées", le réalisateur roumain appelle au "changement". "L'état du monde n'est pas au mieux aujourd'hui. Je ne suis pas fier de ce qu'on laisse à nos enfants" a déploré le réalisateur roumain. "Ce film est un message pour la tolérance, pour l'inclusion, pour l'empathie. Ce sont des termes magnifiques que nous aimons tous, mais il faut les appliquer plus souvent", a-t-il conclu. Fjord sort dans les salles le 19 août.

Grand prix pour "Minotaure" : Andreï Zviaguintsev interpelle Poutine

Le réalisateur russe n'était pas venu depuis 2017, année où son film Faute d'amour avait été couronné par le Prix du jury. Frappé par un covid long qui l'a plongé dans le coma et immobilisé pendant des mois, Andreï Zviaguintsev vit en France, où il a décidé de s'installer après l'invasion, en février 2022, de l'Ukraine par Poutine. "Je ne veux aucunement être associé à ce qu'a fait mon pays".

Minotaure est une adaptation de La Femme infidèle, de Claude Chabrol sorti en 1969, à revoir sur Arte. Andreï Zviaguintsev transpose cette histoire d'adultère dans la Russie de 2022, en retient les principaux motifs, qu'il inscrit dans le contexte politique de son pays, en pleine mobilisation, alors que Poutine vient d'envahir l'Ukraine. Andreï Zviaguintsev tisse dans une mise en scène au cordeau ce drame conjugal avec "l'angoissante toile de fond des événements de cette époque".

Dmitri Mazurov, Boris Kudrin et Iris Lebedeva dans "Minotaure" du réalisateur russe Andreï Zviaguintsev, présenté en compétition à Cannes le 19 mai, sortie le 14 octobre 2026. (ANNA MATVEEVA)

Dmitri Mazurov, Boris Kudrin et Iris Lebedeva dans "Minotaure" du réalisateur russe Andreï Zviaguintsev, présenté en compétition à Cannes le 19 mai, sortie le 14 octobre 2026. (ANNA MATVEEVA)

À la réception de son Grand Prix, Andreï Zviaguintsev a adressé sans le nommer un message au président russe. "La seule personne qui peut mettre fin à cette boucherie est le président de la Fédération de Russie. Mettez fin à ce carnage, le monde entier attend cela" a intimé le réalisateur. Minotaure sortira dans les salles le 14 octobre.

Le Prix du jury récompense l'audace de "L'Aventure rêvée", d'Aleska Grisebach

Le Prix du jury a été décerné à L'Aventure rêvée de Valeska Grisebach. Dans ce western campé à la frontière entre la Bulgarie et la Turquie, dans une zone gangrenée par la criminalité, on suit les vicissitudes de Viska, une femme archéologue qui tente de mener sa vie comme elle l'entend, sans se laisser intimider par la violence des hommes. "Ce film a été une véritable aventure collective" a confié la réalisatrice en recevant son prix. "Ce prix est un magnifique cadeau", a-t-elle ajouté avant d'appeler sur la scène l'actrice Yana Radeva qui incarne Viska. Le film sortira dans les salles le 15 juillet.

Yana Radeva dans le film "L'Aventure rêvée" de Valeska Grisebach. (KOMPLIZEN FILMS)

Yana Radeva dans le film "L'Aventure rêvée" de Valeska Grisebach. (KOMPLIZEN FILMS)

Prix d'interprétation féminine ex aequo pour Virginie Efira et Tao Okamoto

Virginie Efira remporte le Prix d'interprétation féminine, ex æquo avec Tao Okamoto, pour leurs rôles dans Soudain du Japonais Ryusuke Hamaguchi, qui sortira dans les salles le 12 août. "Une expérience de vie qui restera gravée à jamais", a déclaré la comédienne belge, en larmes, pour parler de ce film dans lequel elle incarne une directrice de maison de retraite qui prône une méthode plus humaine dans le soin aux personnes âgées. Cette dernière se lie d'amitié avec une metteuse en scène japonaise en phase terminale du cancer. Les deux femmes vont trouver dans cette amitié le courage et la force de d'affronter les combats qu'elles ont à mener.

Virginie Effira et Gabriel Dahmani dans le film "Soudain", du réalisateur japonais Ryūsuke Hamaguchi, présenté en compétition au festival de Cannes le 15 mai 2026, sortie en salles le 12 août 2026. (CINEFRANCE STUDIOS)

Virginie Effira et Gabriel Dahmani dans le film "Soudain", du réalisateur japonais Ryūsuke Hamaguchi, présenté en compétition au festival de Cannes le 15 mai 2026, sortie en salles le 12 août 2026. (CINEFRANCE STUDIOS)

Dans un entretien à franceinfo Culture Ryusuke Hamaguchi a salué la performance de l'actrice, qui a selon lui "atteint un niveau en japonais assez incroyable"__. "C'est au-delà de mes rêves", a déclaré la comédienne japonaise Tao Okamoto, avant de sauter dans les bras de Virginie Efira.

Une autre paire récompensée : le Prix d'interprétation masculine partagé par les deux comédiens de "Coward", de Lukas Dhont

Emmanuel Macchia et Valentin Campagne ont raflé ex aequo le prix d'interprétation masculine pour leurs rôles dans Coward de Lukas Dhont. Dans ce troisième long-métrage, le réalisateur belge raconte le front, l'horreur des tranchées, et le réconfort pour les soldats d'assister à des spectacles mis en scène par une poignée de soldats. Francis, un garçon plein de fantaisie, mène la danse, et charme son camarade Pierre, un jeune agriculteur qui découvre auprès de lui les joies du spectacle, et ses premiers émois amoureux.

Scène du film "Coward" de Lukas Dhont. (Diaphana Distribution)

Scène du film "Coward" de Lukas Dhont. (Diaphana Distribution)

"Merci Lukas, d'avoir changé notre vie", a clamé Valentin Campagne, 22 ans, qu'on avait déjà vu à Cannes l'an dernier dans Dossier 137, de Dominik Moll. "J'ai juste envie de passer ce message que c'est possible d'être maladroit, de ne pas comprendre les autres. Je tiens à rappeler l'importance de danser, de vivre, d'aimer", a déclaré le jeune comédien en recevant son prix. "J'espère que ce film aidera des jeunes hommes et des jeunes filles à s''aimer eux-mêmes, et à s'accepter tels qu'ils sont, parce que c'est la plus belle chose", a ajouté Emmanuel Macchia, un étudiant en architecture du paysage de 20 ans, casté près de son école par le réalisateur.

Un Prix de la mise en scène partagé entre "Los Javis" et Pawel Pawlikowski

Le Prix de la mise en scène a été remis ex aequo à Javier Calvo et Javier Ambrossi pour La Bola negra et à Pawel Pawlikowski pour Fatherland.

Fatherland raconte le retour de l'écrivain et Prix Nobel Thomas Mann en Allemagne en 1949, avec sa fille Erika, pour recevoir le prestigieux Prix Goethe. Dans une ironie tragique, le film donne à voir ce qui a eu lieu avant, pendant la guerre, et ce qui se prépare pour les années qui suivront, laissant entrevoir des querelles idéologiques qui se succèdent au pouvoir, qui changent de visage, mais pas de méthodes. "Il y a de plus en plus de gens dans ce monde qui sont persuadés d'être du bon côté. Il faut montrer que les choses ne sont pas aussi simples et manichéennes. C'est pour ça que nous avons fait ce film", a déclaré le réalisateur polonais.

Le Prix de la mise en scène revient également aux réalisateurs espagnols Javier Ambrossi, 45 ans, et Javier Calvo, 35 ans, surnommés "Los Javis" qui ont ébloui le Festival avec , qui relit la condition homosexuelle sur trois générations, dans l'histoire mouvementée de l'Espagne des années 1930 à aujourd'hui.

La bola negra est aussi un magnifique hommage au poète espagnol Federico Garcia Lorca, assassiné par les nationalistes espagnols en 1936. "Il faut veiller à ce que les générations futures aient autant de liberté, et même plus, que nous", a déclaré Javier Ambrossi. "L'art nous permet de nous élever, de nous rendre meilleurs. J'espère que des gens changeront en voyant ce film", a ajouté Javier Calvo.

"Notre salut" d'Emmanuel Marre, Prix du scénario pour "un scénario qu’on n’a pas tourné"

"Le film que nous avons fait a été porté par chaque nom au générique de film", a d'abord déclaré Emmanuel Marre, très ému, puis amusé d'avoir reçu "un Prix du scénario pour un scénario qu'on n'a pas tourné".

Le réalisateur a puisé dans la mémoire familiale pour construire Notre salut, un film dans lequel il raconte la collaboration de l'administration française sous Vichy. Au lendemain de la débâcle, Henri Marre, la cinquantaine, se rend à Vichy pour proposer ses services au nouveau gouvernement mis en place par le maréchal Pétain. Cet ingénieur patriote voit dans l'installation de ce nouvel ordre l'occasion de s'illustrer.

Swann Arlaud dans le film "Notre salut" d'Emmanuel Marre, présenté en compétition au Festival de Cannes le 20 mai, en salles le 30 septembre 2026. (CONDOR DISTRIBUTION)

Swann Arlaud dans le film "Notre salut" d'Emmanuel Marre, présenté en compétition au Festival de Cannes le 20 mai, en salles le 30 septembre 2026. (CONDOR DISTRIBUTION)

Pas après pas, jour après jour, ce fonctionnaire soucieux du travail bien fait glisse vers la collaboration active avec les nazis, jusqu'à organiser les rafles, et le transport des juifs vers la déportation. Tourné avec du matériel de type reportage d'actualités de l'époque, lumière naturelle, et aussi pour partie dans les décors réels où se sont déroulés les événements, le film d'Emmanuel Marre propose un regard inédit sur cette période de l'histoire, donnant l'impression au spectateur de la vivre en direct, aussi perdu que les protagonistes.

Swann Arlaud, qui a travaillé sous la direction d'Emmanuel Marre dans un dispositif très particulier laissant place à l'improvisation, parvient dans une interprétation singulière, fragile, à saisir la triste vérité de ce personnage qu'il qualifie d'"ambitieux, avec un costume trop grand pour lui". Notre salut sortira dans les salles le 30 septembre.

La Caméra d'or récompense "Ben'imana" de la rwandaise Marie Clémentine Dusabejambo

La Caméra d'or récompense le meilleur premier film toutes catégories confondues du Festival. Le prix a été décerné à la réalisatrice rwandaise Marie-Clémentine Dusabejambo pour Ben'imana, un premier film qui aborde la question de la mémoire du génocide des Tutsis au travers des tribunaux mis en place pour favoriser la réconciliation. Ce pan de l'histoire douloureuse du Rwanda était pour la première fois représenté en Sélection officielle. "La Caméra d'or récompense une artiste qui a choisi la parole plutôt que le silence et de mettre des mots sur l'innommable", a déclaré la présidente du jury de la Caméra d'or Monia Chokri. "Réaliser un premier film c'est sauter dans le vide" a déclaré la réalisatrice, qui a affirmé avoir fait ce film "pour les femmes" de son pays, "pour leur bravoure".

Palme d'or du Court-métrage

La palme d'or du court-métrage a couronné le film de Federico Luis, Para los contrincantes, un film qui raconte l'histoire d'une leçon de vie pour un enfant, qui va apprendre à perdre pour mieux continuer sa vie.

Palme d'or d'honneur pour Barbra Streisand, absente de Cannes

La carrière exceptionnelle de la chanteuse, actrice et réalisatrice , qu'elle n'a pas pu recevoir en personne, à cause d'une blessure au pied. Le festival a néanmoins, en son absence, rendu hommage à la comédienne et chanteuse de 84 ans lors de la cérémonie de clôture. Hommage rendu par Isabelle Huppert. "Elle a dit non souvent, et c'est pour ça qu'on l'aime tant", a déclaré la comédienne, qui a aussi confié "se souvenir d'elle dans chacun de ses films".

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