"Palestine 36" : un film historique opportun pour comprendre les racines de la violence au Proche-Orient
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"Palestine 36" : un film historique opportun pour comprendre les racines de la violence au Proche-Orient

10 janvier 2026
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"Palestine 36" : un film historique opportun pour comprendre les racines de la violence au Proche-Orient

Mélangeant fiction et images d'archives, la cinéaste Annemarie Jacir nous ramène en Palestine en 1936 au début de la révolte arabe contre le mandat britannique. Ce film engagé revient sur un épisode méconnu mais fondateur dans l'histoire des Palestiniens.

Mélangeant fiction et images d'archives, la cinéaste Annemarie Jacir nous ramène en Palestine en 1936 au début de la révolte arabe contre le mandat britannique. Ce film engagé revient sur un épisode méconnu mais fondateur dans l'histoire des Palestiniens.

France Télévisions - Rédaction Culture

Publié le 10/01/2026 12:22

Temps de lecture : 10min

Photo du film "Palestine 36" réalisé par Annemarie Jacir, sortie en France le 14 janvier 2026. (HAUT ET COURT DISTRIBUTION)

Photo du film "Palestine 36" réalisé par Annemarie Jacir, sortie en France le 14 janvier 2026. (HAUT ET COURT DISTRIBUTION)

Sur l'affiche du film, qui sortira en France mercredi 14 janvier, une phrase annonce la couleur : "1936, la grande révolte arabe contre l'empire colonial britannique." Cette fresque historique, sobrement intitulée Palestine 36, est signée par une cinéaste palestinienne née à Bethléem en 1974 : Annemarie Jacir. Cette grande coproduction internationale est notamment soutenue par la BBC et la société française MK Productions.

Présenté dans plusieurs festivals prestigieux, il est présélectionné pour représenter la Palestine aux Oscars, dans la catégorie du meilleur film international. On saura le 22 janvier s'il fait partie des nommés. Travaillant aussi bien en fiction qu'en documentaire, Annemarie Jacir s'était distinguée en 2008 avec Le Sel de la mer_,_ un premier long-métrage très personnel.

Quand nous la rencontrons à Paris, elle se prépare justement à partir aux États-Unis pour défendre son film avant les Oscars. Elle nous explique dans un anglais parfait que Palestine 36 est son quatrième long-métrage. "C'est le film le plus ambitieux jamais réalisé en Palestine, estime-t-elle, parce que des décorateurs aux créateurs de costumes, en passant par les accessoiristes, nous sommes tous Palestiniens. Nous avons passé plus d'un an à préparer le tournage." L'équipe avait choisi des dizaines de lieux en Palestine, fait coudre et broder des costumes traditionnels, collecté des accessoires anciens. Un village entier avait même été restauré près de Salfit. "On avait aussi fait des plantations", précise la réalisatrice.

"On devait commencer à tourner le 14 octobre 2023, poursuit-elle. Après les massacres du 7 octobre 2023 en Israël, "nous avons tout perdu, livre la réalisatrice. Il est devenu trop dangereux de tourner dans ce village. Des colons juifs se sont installés sur les terres." Elle ne pouvait partager sa détresse tant le tournage d'un film paraissait dérisoire au regard de la situation tragique des habitants de Gaza. "Mais, ajoute-t-elle, on a voulu le faire coûte que coûte. Comme un acte de résistance. C'était plus important que jamais de revenir aux sources de la violence."

La production s'est délocalisée au nord de la Jordanie. "On est repartis à zéro en filmant dans un autre village, raconte-t-elle, mais j'ai insisté pour qu'on revienne en Palestine, filmer à Jérusalem, à Bethléem. Nous luttons pour ne pas devenir des réfugiés. Je ne voulais pas faire un film d'exilée." En novembre 2024, l'équipe est parvenue à revenir en Palestine pour boucler le tournage. "Ça a été un grand moment, à la fois heureux et doux-amer parce qu'on était au milieu d'un génocide", dit-elle.

Détail qui n'en est sans doute pas un, Annemarie Jacir nous confie que son père est né en 1936. "La révolte de 1936 en Palestine est la première rébellion de masse contre la règle coloniale", affirme-t-elle. Avant de voir le film, se remettre en mémoire quelques données historiques peut s'avérer utile.

Jérémy Irons (au centre) dans le rôle du Haut-Commissaire Sir Arthur Wauchope dans le film "Palestine 36" réalisé par Annemarie Jacir. (HAUT ET COURT DISTRIBUTION)

Jérémy Irons (au centre) dans le rôle du Haut-Commissaire Sir Arthur Wauchope dans le film "Palestine 36" réalisé par Annemarie Jacir. (HAUT ET COURT DISTRIBUTION)

À la fin du XIXe siècle, l'Empire turc ottoman domine encore le Proche-Orient. Des pogroms provoquent en 1881 une première vague d'immigration juive en provenance de Russie et de Roumanie. En 1897, le Premier congrès sioniste mondial, présidé par Theodor Herzl, se déroule à Bâle. La France et le Royaume-Uni signent en 1916 les accords de Sykes-Picot pour se partager l'Empire ottoman à l'issue de la Première Guerre mondiale.

Dans une déclaration restée célèbre, Lord Balfour, secrétaire d'État britannique, s'exprime en 1917 en faveur de l'établissement d'un "foyer national pour le peuple juif" en Palestine, sans préciser son statut politique ni ses frontières. Un accord de 1919 prévoit le développement d'une nation arabe sur la plus grande partie du Proche-Orient et l'établissement d'un foyer national juif dans la région de la Palestine. Le "Mandat britannique pour la Palestine" débute en 1923 sur les territoires actuels de la Jordanie, de la Cisjordanie, d'Israël et de la bande de Gaza. Le film d'Annemarie Jacir s'enracine dans ce contexte.

Tourné comme une grande fresque historique, Palestine 36 s'articule autour des tensions de plus en plus fortes entre les Palestiniens et les autorités britanniques administrant la zone. Seule star du film, le comédien Jeremy Irons joue le rôle du Haut-Commissaire de la Palestine sous mandat britannique, Arthur Wauchope.

Au cœur de l'histoire, un jeune homme, Yusuf (joué par Karim Daoud Anaya), navigue entre la maison de ses parents, à la campagne et la ville bouillonnante de Jérusalem. "Ce personnage m'a donné la toute première idée du film parce que je m'intéresse aux classes sociales, raconte la cinéaste. Pouvoir passer de l'une à l'autre, c'était un tournant moderne. Le monde change autour de Yusuf, l'obligeant à changer lui aussi."

L'arrestation d'un jeune Palestinien par les forces armées britanniques dans le film "Palestine 36" d'Annemarie Jacir. (HAUT ET COURT DISTRIBUTION)

L'arrestation d'un jeune Palestinien par les forces armées britanniques dans le film "Palestine 36" d'Annemarie Jacir. (HAUT ET COURT DISTRIBUTION)

La révolte de 1936 est moins connue que la Nakba (la catastrophe en arabe), l'exode de milliers de Palestiniens chassés de leurs terres au lendemain de la proclamation de l'État d'Israël en 1948. En multipliant les recherches pendant neuf ans, Annemarie Jacir dit avoir beaucoup appris sur sa propre patrie. "Je n'avais pas conscience de la violence de l'armée britannique, confie-t-elle. On ne parle pas des drames en Palestine mais plutôt de la lutte. J'ai été très surprise de découvrir que cette armée avait commis des massacres."

La réalisatrice a visionné des heures d'images d'archives, principalement d'origine britannique. Elle mixe dans son film de "vraies images" à la fiction. "Les Britanniques filmaient tout, dans toutes leurs colonies, dévoile-t-elle. Ils tournaient chaque jour des images d'actualité montrant la vie quotidienne, les parties de tennis, les bals, les fermiers palestiniens récoltant leurs olives mais aussi des crimes comme ces maisons qu'ils font exploser." Elle s'est inspirée pour certaines scènes d'exactions documentées, notamment le massacre de villageois à Al-Bassa en 1938. La cinéaste s'est battue pour que ces archives soient colorisées. "Le noir et blanc renvoie au passé. Moi, je voulais que ces images s'intègrent et fassent avancer le récit sans marquer de ruptures. Seul un format différent montre que ce sont des archives." C'est si réussi qu'au début du film, le spectateur non averti se pose la question : vrai ou faux ?

L'implantation de colonies juives en Palestine apparaît dans le film mais de façon très distanciée. Les jeunes Arabes observent les nouveaux arrivants de loin, s'étonnant de voir des femmes en short. C'est un peu comme si la réalisatrice avait contourné ce que les Anglo-Saxons appellent "l'éléphant dans la pièce", un sujet important et évident, mais embarrassant dont on ne souhaite pas discuter ouvertement. Elle se justifie ainsi : "Mon film traite de la confrontation entre des villageois palestiniens et les Britanniques. Je voulais me concentrer sur la complicité des Britanniques dans la situation au Proche-Orient. Si j'avais ajouté des personnages juifs, cela aurait rendu le propos plus confus."

Cette femme engagée estime que la responsabilité du Royaume-Uni est écrasante. Selon elle, le système de contrôle de la population qu'ils ont mis en place se perpétue aujourd'hui. "Ils ont volé nos vies, dit-elle dans un mélange de rage et de tristesse_, et nous en payons encore le prix, comme tous les pays colonisés."_

Si elle s'est inspirée de personnages ayant réellement existé côté britannique, Annemarie Jacir a pris plus de liberté côté palestinien, créant des personnages composites. La cinéaste tisse sa toile entre des hommes et des femmes en apparence très différents. Reliés par un fil invisible, ils finiront par se rejoindre. À travers le personnage de la journaliste Khuloud (Yasmine Elmasri), elle valorise l'émergence d'un mouvement féministe et l'implication des femmes dans la résistance, toutes générations confondues. On pense à un autre film sorti en 2025 sur le combat pacifique d'une photographe tuée dans la bande de Gaza : Put Your Soul on Your Hand and Walk_._

Photo des actrices du  film "Palestine 36", sorti en France le 14 janvier 2026. (HAUT ET COURT DISTRIBUTION)

Photo des actrices du film "Palestine 36", sorti en France le 14 janvier 2026. (HAUT ET COURT DISTRIBUTION)

Le film est structuré autour des choix, même anodins, que chacun est amené à faire au cours de son existence. Fuir ou rester ? Se résigner ou entrer dans la lutte ? Se soumettre ou pas à la loi du plus fort ? Des questions qui résonnent fortement avec l'actualité du moment.

La révolte des Palestiens s'est poursuivie jusqu'en 1939, malgré la répression. "Elle a été matée mais je ne pense pas qu'on puisse parler d'échec, conclut Annemarie Jacir. Elle a montré que, quand les gens se rassemblent et s'organisent, ils peuvent réussir. Les paysans ont presque réussi dans les campagnes où les Britanniques avaient perdu le contrôle. Ils ont été obligés de mettre le paquet au niveau militaire, avec plus de troupes, plus de tanks, pour écraser la rébellion."

Palestine 36 éclaire de façon pertinente une partie des racines de la situation géopolitique au Moyen-Orient, devenue inextricable. Il s'achève au son d'un instrument né au Levant : la cornemuse.

Affiche du film "Palestine 36" d'Annemarie Jacir, sortie le 14 janvier 2025. (HAUT ET COURT DISTRIBUTION)

Affiche du film "Palestine 36" d'Annemarie Jacir, sortie le 14 janvier 2025. (HAUT ET COURT DISTRIBUTION)

Genre : Drame historique (Fiction inspirée de faits réels)
Réalisation : Annemarie Jacir
Avec : Hiam Abbass, Roberto Aramayo, Saleh Bakri, Karim Daoud Anaya, Billie Howle et Jeremy Irons
Musique : Ben Frost
Pays : Palestine, Royaume-Uni, France, Danemark, Qatar, Arabie Saoudite, JordanieDurée : 1H59Sortie : 14 janvier 2026Distributeur : Haut et court Distribution
Synopsis : Palestine, 1936. Alors que le territoire est sous mandat britannique et que les arrivées de réfugiés juifs fuyant l’antisémitisme en Europe se font de plus en plus nombreuses, la grande révolte arabe, destinée à faire émerger un État indépendant, se prépare.

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