"Sept jours" : le road trip d'Ali Samadi Ahadi décortique les dilemmes des activistes iraniennes au pays des mollahs
"Sept jours" : le road trip d'Ali Samadi Ahadi décortique les dilemmes des activistes iraniennes au pays des mollahs
Le parcours de Myriam, l'héroïne du long-métrage, est inspiré de celui de la militante iranienne Narges Mohammadi, prix Nobel de la...
Le parcours de Myriam, l'héroïne du long-métrage, est inspiré de celui de la militante iranienne Narges Mohammadi, prix Nobel de la paix 2023.
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France Télévisions - Rédaction Culture
Publié le 04/08/2025 18:01
Temps de lecture : 7min
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La comédienne Vishka Asayesh incarne Myriam dans le film "Sept jours" d'Ali Samadi Ahadi. (L'ATELIER DISTRIBUTION)
Continuer à combattre le régime tyrannique iranien ou renoncer pour profiter des siens, voir ses enfants grandir ? C'est le choix cornélien auquel est confrontée Myriam, activiste et défenseure des droits humains, que suit le cinéaste iranien Ali Samadi Ahadi dans Sept jours, en salles mercredi 6 août. À la faveur d'une suspension de peine de 7 jours pour raison médicale, la militante est libérée et se rend compte que sa famille a organisé sa fuite afin qu'elle rejoigne son mari et ses deux enfants, réfugiés en Allemagne.
Myriam prend donc le chemin de l'exil, avec l'aide d'une amie, mais surtout de parfaits inconnus à qui il faut faire confiance. La peur d'être reconnue, la diversité des moyens de locomotion pour ne pas être repérée, la traversée dans des montagnes escarpées et enneigées, mais aussi la joie que procure la perspective de retrouver les siens... C'est tout cela que le réalisateur Ali Samadi Ahadi décrit dans ce road trip qui, à chaque étape, permet de comprendre les engagements de l'héroïne.
Le parcours de Myriam est un condensé du vécu des activistes iraniennes. Il s'inspire de celui de Narges Mohammadi, prix Nobel de la paix 2023 pour "sa lutte contre l'oppression des femmes en Iran et son combat pour promouvoir les droits humains et la liberté pour tous". Pour écrire le scénario de Sept jours, le réalisateur iranien en exil Mohammad Rasoulof s'est nourri du combat de cette figure historique de la résistance des femmes aux Gardiens de la révolution qui les oppresse en leur imposant le port du voile depuis 1979.
Narges Mohammadi, née en 1972, a passé plus de dix ans de sa vie dans les geôles iraniennes. Sa volonté de résister au régime de l'intérieur est restée intacte en dépit de ses soucis de santé et des torts causés à sa vie de famille. À l'instar de nombreux prisonniers politiques comme Mohammad Rasoulof lui-même en 2023, Narges Mohammadi a pu sortir de la tristement célèbre prison d'Evin en décembre 2024 pour raison médicale. Elle a refusé depuis d'y retourner pour continuer à se soigner. L'activiste a obtenu gain de cause, mais les autorités iraniennes maintiennent la pression pour qu'elle retourne en détention, rapporte Human Rights Watch. "Je ne cesserai jamais de lutter pour la réalisation de la démocratie, de la liberté et de l'égalité. Il ne fait aucun doute que le prix Nobel de la paix me rendra plus résiliente, déterminée, optimiste et enthousiaste", avait déclaré la militante dont la distinction avait été remise à ses enfants.
Sept jours interroge ainsi, avec justesse, le regard qui est porté sur les femmes activistes par leurs proches et la société en général. Le patriarcat rime avec double peine pour les militantes iraniennes. Déjà broyées par le régime des mollahs en tant que femmes, les activistes sont aussi poussées à renoncer à leurs convictions. Comme si, en tant que mère et épouse, elle n'avait pas le droit de les défendre au nom, soi-disant, de leurs responsabilités envers leur famille. La scène où la problématique est posée est l'une des plus marquantes du long-métrage.
Tout comme celle qui oppose Myriam à sa fille adolescente dont les griefs sont compréhensibles : pourquoi le sort des Iraniens serait-il plus important que celui de sa progéniture, lui demande-t-elle en substance ? Le visage et le corps de Myriam sont alors une cartographie des sentiments ambivalents qui peuvent traverser une mère combattante, interprétée avec sobriété par la comédienne Vishka Asayesh. Son personnage est embarqué dans un compte à rebours construit autour d'une série de face-à-face qui font penser à un tribunal. Myriam semble devoir toujours expliquer, y compris aux siens, le bien-fondé et la nécessité de son combat. L'intrigue, pourtant linéaire, maintient l'audience sur le fil du rasoir dans une atmosphère assombrie par une photographie où le bleu domine souvent.
L'idée de Sept jours a germé avant que la résistance des Iraniennes ne devienne ce mouvement de fond, Femme, Vie, Liberté, qui fait vaciller le pouvoir des Gardiens de la révolution. Née après la mort de Mahsa Amini le 16 septembre 2022, arrêtée par la police des mœurs pour avoir mal porté son voile, la contestation est désormais historique. Avec son dernier long-métrage, Ali Samadi Ahadi souligne ainsi que les femmes ont toujours été le véritable moteur de la révolution en Iran. Pour l'anecdote, sa réalisation lui a été confiée par Mohammad Rasoulof, empêché du fait des pressions politiques subies quand il était encore en Iran.
Toujours plus répressif pour se maintenir, le régime a multiplié ces derniers mois les exécutions sommaires. Les Nations Unies sont récemment montées au créneau pour dénoncer cette recrudescence. Au moins 719 personnes ont été déjà exécutées cette année, dont 18 femmes, selon Iran Human Rights.
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Affiche du film "Sept jours". (L'ATELIER DISTRIBUTION)
Genre : Drame
Réalisation : Ali Samadi Ahadi
Avec : Vishka Asayesh, Majid Bakhtiari, Tanaz Molaei
Pays : AllemagneDurée : 1h53Sortie : 6 août 2025Distributeur : L'Atelier Distribution
Synopsis : Myriam, activiste et militante pour les droits de l'homme, est emprisonnée depuis des années en Iran, loin de son mari et de ses enfants. Lorsqu'elle obtient enfin une permission pour raisons médicales, elle a 7 jours pour décider de fuir le pays et retrouver sa famille ou de rester en Iran pour continuer sa lutte. Commence alors une véritable course contre-la-montre.
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