"The World of Love", un film sud-coréen et universel sur les violences sexuelles et la jeunesse
Culture

"The World of Love", un film sud-coréen et universel sur les violences sexuelles et la jeunesse

5 mai 2026
5 min de lecture
26 vues

"The World of Love", un film sud-coréen et universel sur les violences sexuelles et la jeunesse

Fort de plus de 200 000 entrées en Corée du Sud, le film est devenu, le plus gros succès du cinéma indépendant du pays en 2025, plébiscité entre autres par le réalisateur Bong Jung-ho.

Fort de plus de 200 000 entrées en Corée du Sud, le film est devenu, le plus gros succès du cinéma indépendant du pays en 2025, plébiscité entre autres par le réalisateur Bong Jung-ho.

France Télévisions - Rédaction Culture

Publié le 05/05/2026 06:10

Temps de lecture : 4min

The World of Love, le second film de la réalisatrice coréenne Ga Eun Yoon, en salles le 6 mai 2026. (BARUNSON E&A/SEMOSI/VOL MEDIA)

The World of Love, le second film de la réalisatrice coréenne Ga Eun Yoon, en salles le 6 mai 2026. (BARUNSON E&A/SEMOSI/VOL MEDIA)

Dès son premier film, The World of Us, peu distribué en France mais reconnu dans plusieurs festivals, dont la Berlinale en 2016, le travail de la réalisatrice Yoon Ga-Eun était loué pour sa délicatesse et la justesse de son regard sur l’enfance.

Une subtilité et une empathie qu’elle met à nouveau au service de ses personnages, des adolescents ici, dans The World of Love, en salles le 6 mai 2026. Un manifeste très subjectif, doux et juste sur la vie après les agressions sexuelles

"Quel genre de personne voudrais-tu être ?" Qui, à 17 ans, saurait répondre à cette question posée par son professeur principal ? À 17 ans, on n’est pas sérieux. On s’amuse avec ses amies, on tombe amoureux, on s’accroche à son sport… En tout cas, c’est ce que fait Joo-in, jeune lycéenne séoulite. Extravertie, rieuse et appréciée de sa classe, Joo-in devient de plus en plus préoccupée lorsqu’un de ses camarades de classe lui demande de signer une pétition contre le retour dans le quartier d’un homme condamné pour agression sexuelle sur une mineure. Joo-in s’entête à refuser de signer pour une raison simple : elle trouve que la pétition présente la victime en "une pauvre âme meurtrie à jamais".

Est-ce lié à son amie Mido, qui traverse un procès ? Ou bien à son père absent, qu’un mystère entoure ? Ou à sa mère, qui boit trop ? La réalisatrice Yoon Ga-Eun brouille finement les pistes et nous pousse à essayer de comprendre cette adolescente si joyeuse et pourtant qui semble protéger quelque chose de beaucoup plus lourd.

Les personnages de The World of Love parlent de seongpokryeok, un terme générique principalement utilisé en Corée du Sud afin d’englober toutes les violences sexuelles, traduit dans le film par "agression sexuelle". Dans le langage courant coréen, le choix est fait la plupart du temps d’utiliser ce terme englobant plutôt que la précision d’un viol, d’un inceste ou d’une agression sexiste. Par respect de l’intimité, mais aussi car ce sujet demeure tabou dans ce pays où la traduction de "féministe" demeure une insulte associée à la haine des hommes.

"En réalité, la société coréenne se soucie peu de la manière dont [les victimes] continuent à vivre. C’est une société basée, encore aujourd’hui, sur le confucianisme, le patriarcat et qui semble manquer d’empathie envers les victimes", constate, sévère, la réalisatrice dans sa présentation du film.

Elle y raconte toute son ambition de ne pas essentialiser ces personnes à leur vécu, sans pour autant l’omettre. Le traumatisme est bien là, il fait partie de soi. Ses réminiscences sont propres à chaque vie, leur importance aussi. C’est sans doute là que se trouve toute la beauté du message de The World of Love : il n’y a pas de bonne manière de guérir.

Yoon Ga-Eun dresse ici le portrait d’une génération qui a connu les mouvements féministes coréens, la globalisation de . Plus loquace, plus ouverte, elle est plus à même de se confronter à la réalité de ces violences, tout en tentant de s’extirper tant bien que mal des clichés à la peau dure.

Su-ho, le jeune garçon engagé contre le retour dans le quartier de l’agresseur sexuel, incarne une vision d’espoir d’une génération qui se confronte à ces violences et choisit d’apprendre à les traiter, plutôt que de les fuir. Joo-in - un premier rôle pour la jeune actrice Seo Su-bin, impressionnante dans son expressivité et sa justesse - est pleine d’aplomb et cherche activement des réponses à ses doutes. Elle se bat avec sa hargne adolescente, maladroite mais sincère. À l’inverse, ses parents, eux, sont absents ou incompétents. La mère de Joo-in se réfugie dans l’alcool, son père, lui, est incapable de regarder sa fille dans les yeux ou de répondre à ses SMS.

Yoon Ga-Eun filme avec une grande douceur et intimité cette jeunesse dans laquelle elle semble placer beaucoup d’espoir. À la réception très positive de son film, la réalisatrice s’est dite aussi soulagée qu’heureuse : "C’était jusque-là un sujet tabou, mais enfin, on pouvait en débattre ouvertement." La société coréenne s’ouvre à ces questions, comme le fait le reste du monde, dans l’universalité des violences faites aux femmes et du patriarcat.

"The World of Love" de la réalisatrice Ga Eun-Yoon, en salles le 6 mai 2026 (BARUNSON E&A - SEMOSI - VOL MEDIA)

"The World of Love" de la réalisatrice Ga Eun-Yoon, en salles le 6 mai 2026 (BARUNSON E&A - SEMOSI - VOL MEDIA)

Genre : Comédie dramatique
Réalisation : Yoon Ga-Eun
Avec : Seo Su-bin, Jang Hye-jin, Kim Jeong-sik
Pays : Corée du SudDurée : 1h 59minSortie : 6 mai 2026
Distributeur : The Jokers Film
Synopsis : Joo-in est une lycéenne espiègle et appréciée de tous. Un jour, un camarade de classe lance une pétition que tous les élèves signent, sauf elle. Son monde, en apparence paisible et insouciant, dissimule un passé douloureux auquel Joo-in est alors contrainte de faire face. Mais loin de se laisser enfermer, elle choisit d’avancer et de se réinventer.

Sur le même thème

Article Source

Cet article a été extrait et enrichi depuis sa source originale pour vous offrir une information complète et de qualité.

Lire l'article original

Articles similaires