Dans une étude réalisée sur plus de 2.000 femmes atteintes d’un cancer du sein hormonodépendant guérissable, l’utilisation du test Oncotype DX a permis d’éviter une chimiothérapie dans les trois quarts des cas
Vomissements, perte de cheveux, fatigue intense… Les effets secondaires de la chimiothérapie sont lourds. D’autant que dans certains cas, ce traitement pourrait être évité. C’est ce que confirme une vaste étude, baptisée Fredo et dirigée par Elsa Curtit, professeure d’oncologie au CHU de Besançon, à l’Institut régional fédératif du cancer en Franche-Comté (IRFC) et enseignante à l’Université Marie et Louis Pasteur, et dont les résultats ont été présentés samedi au Congrès européen d’oncologie.
Ses conclusions confortent les précédentes données scientifiques : le test génomique Oncotype DX pourrait permettre à de nombreuses patientes atteintes d’un cancer du sein hormonodépendant guérissable d’éviter une chimiothérapie sans compromettre leur prise en charge. Mais il n’est pas remboursé par l’Assurance maladie et reste pour l'instant à la charge des établissements qui l’utilisent.
Le test ne concerne que certaines femmes atteintes d’un cancer du sein hormonosensible, un type de cancer qui représente 70 % des cas. Lorsque la tumeur est petite et détectée suffisamment tôt, une chirurgie suivie d’une hormonothérapie peut suffire. À l’inverse, les formes plus agressives nécessitent une chimiothérapie. Mais entre ces deux situations, 20 à 33 % des patientes se trouvent dans une zone d’incertitude, explique la professeure Curtit. Faute de pouvoir déterminer avec certitude si la chimiothérapie leur sera bénéfique, les oncologues la prescrivent souvent par précaution. Le test génomique vise à mieux guider cette décision.
En quoi consiste-t-il ?
Le test Oncotype DX, qui repose sur l’analyse du tissu déjà prélevé lors de la biopsie ou de la chirurgie, permet d’analyser 11 gènes différents. « Si le gène HER2 est exprimé fortement, c’est un mauvais pronostic car ce sont des cellules agressives sur le plan biologique », illustre l’oncologue. « Si le gène récepteur œstrogène alpha est fortement exprimé, là, c’est une bonne nouvelle car ce sont des cancers qui se guérissent bien. »
« En fonction des gènes analysés, un algorithme va nous donner un chiffre entre 0 et 100 qui reflète le pronostic du cancer et son agressivité biologique », explique la médecin. Ce score va être utilisé en corrélation avec les critères dont les médecins ont déjà connaissance, comme la taille de la tumeur, l’atteinte des ganglions, l’âge de la patiente ou si elle est ou non ménopausée. « Ces données sont importantes mais elles sont insuffisantes pour creuser en profondeur la biologie du cancer, d’où la nécessité du test », insiste la professeure Curtit. Le but : personnaliser au mieux le traitement.
Quelle est son efficacité selon cette étude ?
Pour son étude, la professeure Elsa Curtit a récolté les données de 2.289 patientes déjà suivies dans 17 hôpitaux français pour un cancer du sein hormonosensible guérissable. Toutes avaient bénéficié du test Oncotype DX. « Parmi les patientes initialement classées à haut risque clinique selon les critères classiques, moins d’une sur cinq l’était réellement, constate l’investigatrice principale de l’étude. Et près des trois quarts a évité la chimiothérapie grâce au test. »
Les résultats obtenus confirment ceux des grands essais cliniques randomisés, c’est-à-dire répartissant les patientes en deux groupes, celles qui bénéficieront du test et celles qui n’en bénéficieront pas. « On a le même taux de survie sans récidive à cinq ans que dans les grandes études, autour de 88,5 %, alors que la majorité n’a pas eu de chimio », se réjouit la professeure d’oncologie.
En quoi ce test est-il une avancée ?
« Les femmes qui accèdent au test comprennent mieux leur niveau de risque et sont donc plus sereines avec la proposition de soin, même s’il s’agit d’une chimiothérapie », remarque Laure Guéroult-Accolas, survivante d’un cancer du sein hormonodépendant et fondatrice de l’association Patients en réseau.
Une chimiothérapie dure quatre à six mois et donne lieu à de nombreux effets secondaires bouleversants la vie des malades. « Le traitement peut provoquer des toxicités digestives et, à long terme, des toxicités cardiaques, rappelle la professeure Elsa Curtit. Les femmes ont souvent un arrêt de travail d’un an et mettent plusieurs années à récupérer complètement. » Mais l’impact n’est pas que sanitaire. « Ce test ferait faire des économies à la Sécurité sociale car si on met bout à bout le transport, la chimio, le temps de soignants et les arrêts de travail, on le rembourse largement, souligne Laure Guéroult-Accolas. L’État est court-termiste mais c’est scandaleux que ce test ne soit pas remboursé. »
Quand sera-t-il disponible partout en France ?
Pour l’instant, l’établissement où est prise en charge la patiente doit débourser 1.849,5 euros par test et ne se fait rembourser qu’une partie par la Direction de la santé un an après, dans le cadre du Référentiel des actes innovants hors nomenclature (RIHN). « C’est un coût pour l’établissement, d’autant plus que dans beaucoup de cas, la patiente ne fera pas de chimiothérapie là-bas si le test montre que c’est inutile, constate la présidente de Patients en réseau. De gros centres avec des moyens veulent faire de la pertinence de soin et vont donc y avoir recours quand d’autres n’ont pas les moyens d’avoir ce surcoût et cela crée de l’iniquité. »
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En Allemagne, au Royaume-Uni ou au Pays-Bas, le test est intégralement pris en charge par l’Assurance maladie pour les femmes éligibles. « La Haute Autorité de santé demande que l’intérêt de cette innovation soit validé dans les données de vie réelle, explique la professeure Elsa Curtit. J’ose espérer que l’étude Fredo sera un argument de plus vers un remboursement du test. »