Dimanche 4 octobre, plusieurs élus ainsi que des experts ont officiellement lancé le mouvement Puissance verte, qui cherche à introduire les questions environnementales dans les programmes du centre et de la droite
L’écologie peut-elle être de droite ? En tout cas, elle le doit selon Puissance Verte, un mouvement impulsé par la maire LR de Taverny (Val-d’Oise), Florence Portelli, et Ferréol Delmas, directeur général du think tank Écologie responsable. Dimanche 4 octobre, ils ont réuni des élus, d’anciennes personnalités politiques, ainsi que des experts à Amboise (Indre-et-Loire), pour lancer officiellement leur projet, afin d’inciter les élus du centre et de la droite à mieux prendre en compte les questions environnementales.
Au départ de cette initiative, il y a une « prise de conscience » face aux incendies et aux canicules qui se sont multipliées cet été, « la droite doit urgemment s’emparer de ces sujets-là  », estime Florence Portelli. Celle qui est aussi vice-présidente de l’AMF et présidente déléguée de la région Île-de-France affirme que les revendications viennent surtout « des élus locaux qui pratiquent l’écologie au niveau municipal, départemental, régional ».
Présent lors de cette journée de lancement, Basile Imbert observe que depuis quelques années, « la droite réessaie d’inventer son écologie et de se ressaisir de cette question-là  ». Ce doctorant en sciences politiques à l’université de Montpellier (également élu du Parti socialiste) est venu en tant qu’observateur, dans le cadre de son travail sur l’écologie de droite. Il explique que ces partis se sont toujours positionnés sur l’écologie, mais avec une forte ambivalence. Il donne l’exemple de Nicolas Sarkozy, qui « fait à la fois le Grenelle de l’environnement en 2008 et deux ans plus tard, dit "l’environnement, ça commence à bien faire" ». Il poursuit : « Ce n’est pas facile pour eux, parce qu’on les attend plus sur des questions sur la sécurité, la dette, l’entreprise, l’immigration… »
Basile Imbert reconnaît que Puissance verte semble « amorcer une nouvelle tendance ». Le 4 octobre dernier, « beaucoup de mouvances de droite étaient représentées, pas seulement Les Républicains. Il y a une volonté d’ouvrir à Jean-Louis Borloo, à Horizons… Comme s’ils avaient compris qu’il fallait ouvrir au-delà des Républicains pour écologiser la droite », fait-il remarquer. Le projet lui semble « plus ambitieux que d’habitude », car il permet de « créer un espace où ils peuvent faire émerger des idées », alors qu’il n’existe aujourd’hui aucune grande référence de l’écologie de droite sur laquelle s’appuyer.
Une écologie « incitative »
Avec Puissance verte, Florence Portelli souhaite avant tout faire remonter « les attentes du terrain et les difficultés rencontrées par les élus locaux » au niveau de la base des partis du centre et de la droite. L’élue républicaine déplore que les questions environnementales soient trop souvent délaissées à l’échelle nationale. « Certains élus de gauche comme de droite font de l’écologie sans le savoir, davantage parce que c’est du bon sens : pour que ça coûte moins cher à la collectivité, il vaut mieux recycler les déchets plutôt que de les bazarder », explique Basile Imbert. Mais la grande nouveauté de ce mouvement, « c’est qu’ils essaient de l’assumer, de dire "on est de droite, on est écolo et si ça ne vous plaît pas, tant pis" ».
Pour Florence Portelli, l’écologie ne doit d’ailleurs pas être la chasse gardée de la gauche. Elle juge par exemple que Les Ecologistes mènent « une écologie extrêmement punitive », là où elle souhaite que le centre et la droite s’inscrivent « dans une logique plus incitative ». Ce que porte l’écologie de droite, « ce n’est pas la croissance à tout prix, mais c’est une croissance plus saine », ajoute-t-elle. Florence Portelli pointe du doigt la surconsommation de produits importés (et donc polluants), causée notamment par la désindustrialisation du pays. « Notre PIB ne tient pas compte de normes écologiques aujourd’hui, mais il y a des types de production qui sont vertueux : quand vous produisez dans le pays, vous évitez d’importer », poursuit-elle.
Un « mix énergétique »
L’élue reste malgré tout consciente que la droite a encore de grosses lacunes concernant l’écologie. « Je suis pour le nucléaire, c’est une fierté de la droite d’avoir été pionnière sur ce sujet, mais je ne comprends pas qu’on l’oppose aux énergies renouvelables. Je trouve regrettable de s’opposer au mix énergétique. C’est vraiment dommage de réduire ça à la polémique sur les éoliennes, en disant simplement qu’elles gâchent le paysage, quand il existe l’énergie solaire, l’hydraulique ou encore la géothermie ».
Même si le nucléaire reste une question très épineuse au niveau environnemental, Basile Imbert admet que la vision portée par Florence Portelli est assez inédite. « L’écologie de droite sans le nucléaire, ce n’est pas possible, affirme-t-il. C’est vraiment leur ADN et leur histoire. De Gaulle, Pompidou, Messmer… Ce sont des gens qui ont porté le nucléaire en en France et ils ne vont pas tourner la page. »
« Est-ce que ça va durer ? »
Le mouvement souhaite aussi incarner davantage les attentes des électeurs de droite qui, rappelle Florence Portelli, ont de véritables attentes écologiques. Plus de 74 % des électeurs LR sont favorables pour doubler le parc d’énergie renouvelable éolienne et solaire d’ici 2030. Ce qui ne se reflète pas vraiment dans les décisions de leurs représentants à l’Assemblée nationale : en juin 2025, les députés de droite sont parvenus à faire voter un moratoire « sur le développement de nouvelles installations de production d’électricité utilisant l’énergie photovoltaïque et éolienne ». Pire, le candidat à la présidentielle des Républicains, Bruno Retailleau, déclarait en mai vouloir « sortir du piège de l’idéologie écologiste » et « stopper le financement public des énergies éoliennes et photovoltaïques ».
C’est pourquoi Puissance verte - qui n’est pas un parti, mais bien un mouvement politique - compte bien peser dans la campagne présidentielle. « On veillera à ce que les questions environnementales soient développées dans les différents programmes de la droite et du centre », assure Florence Portelli.
De son côté, Basile Imbert nuance. « Il ne faut pas oublier d’où viennent [les représentants de droite] », rappelle-t-il en évoquant la croisade de Laurent Wauquiez contre la loi ZAN (Zéro artificialisation nette) ou encore celle de Bruno Retailleau, au Sénat, en faveur de la loi Duplomb. « A la fois ils mobilisent l’écologie, à la fois ils la diabolisent, conclut-il. Là , vraisemblablement, on est dans une phase de mobilisation. Est-ce que ça va durer ? Je ne sais pas. »
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