Faire un peu peur à vos enfants à Halloween peut être bon pour leur santé
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Faire un peu peur à vos enfants à Halloween peut être bon pour leur santé

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Le 31 octobre, des enfants vont chercher à frissonner à l’occasion de la fête d’Halloween. Si ressentir de la peur comporte certains bénéfices, la condition est de ne jamais aller trop loin

Costumes de monstres, histoires qui font frissonner, décors de maisons hantées… Le 31 octobre au soir, à l’occasion de la fête d’Halloween, de nombreux enfants pourraient chercher à trembler. Avoir peur, dans une certaine limite, peut-il faire du bien aux enfants ? Oui, répondent les scientifiques, à condition de ne jamais franchir certaines limites. Si cette émotion est vécue comme un jeu, la peur peut avoir des vertus psychologiques. Elle peut aider à apprendre à développer sa confiance en soi et apprivoiser ses angoisses, notamment de la mort.

Pour Stéphane Clerget*, pédopsychiatre, l’intérêt de cette « peur récréative » est précisément d'« apprendre à avoir peur, sans être réellement en danger ». Elle peut favoriser la régulation émotionnelle, le sentiment de maîtrise et la tolérance à l’incertitude. Stéphanie Khalfa**, docteur en neurosciences et psychologue, partage cette analyse : une peur modérée peut être formatrice, et contribuer à la résilience. Mais attention à ne pas aller trop loin. « Jusqu’à un certain point, oui, on peut dire que la peur va protéger, que c’est formateur par rapport à l’émotion », explique-t-elle. Mais au-delà, l’effet s’inverse, et la peur peut devenir traumatisante.

Tout est donc question d’intensité. « Une peur modérée peut être excitante et agréable, une peur excessive provoquer une détresse, quand une peur trop faible peut être ennuyeuse », liste le docteur Stéphane Clerget. Le seuil de tolérance varie selon l’âge et la sensibilité de chaque enfant.

L’excitation et la sensation agréable ressenties après la peur sont des réactions physiologiques, « un petit shoot », décrit par Stéphanie Khalfa. Le cœur s’accélère alors, une dose d’adrénaline se libère et l’énergie augmente. « Tant qu’on est dans la maîtrise, ce petit shoot d’adrénaline fait du bien », souligne la docteur en neurosciences. L’enfant comprend qu’il peut ressentir une émotion intense sans être en danger, puis retrouver son calme. L’expérience peut renforcer sa confiance en lui.

Le déguisement, de la proie au prédateur

Vampires, sorcières et fantômes peuplent les vestiaires d’Halloween… Pourquoi certains enfants adorent-ils enfiler des déguisements au goût macabre ? Parce qu’en changeant de costume, ils ne sont plus ceux qui subissent la peur, mais deviennent ceux qui la provoquent. Une inversion intéressante pour le médecin Stéphane Clerget, qui évoque une formule de Jean Cocteau : « Quand les choses nous dépassent, faisons en sorte d’en être les organisateurs. » En se transformant en monstre, l’enfant reprend symboliquement le pouvoir sur ce qui l’effraie.

Le pédopsychiatre souligne aussi qu’Halloween permet de donner une forme à l’angoisse de la mort. « Il y a un vrai besoin des enfants de pouvoir jouer avec la mort, pour calmer leurs angoisses profondes », estime le médecin. Mais si l’enfant ne veut pas jouer ou se déguiser, le pédopsychiatre recommande de le laisser totalement libre de son choix. Et pour les plus petits, de ritualiser le moment où l’on retire le costume et le maquillage, afin de les aider à clore la parenthèse fictionnelle.

Squelette ou super-héros pour le déguisement d'Halloween?

Squelette ou super-héros pour le déguisement d'Halloween? - V. Ghirda/AP/SIPA

La maison hantée : A chacun son seuil de tolérance

Faut-il pour emmener les enfants dans une maison hantée ou leur proposer une attraction effrayante ? Certainement pas, affirment les deux professionnels. D’autant que les plus petits, entre 3 et 5 ans, ont du mal à faire la distinction entre la fiction et la réalité. Si à partir de 6 ans, ils comprennent mieux la fiction, c’est seulement vers 8-10 ans qu’ils peuvent rechercher des sensations plus fortes.

« La peur récréative doit rester modérée, réversible, volontaire », selon Stéphanie Khalfa. La psychologue rappelle que l’enfant doit pouvoir refuser une activité, s’éloigner ou arrêter. Quant aux parents, leur rôle n’est pas de faire peur, mais au contraire d’être une personne refuge. « Et surtout, on ne ridiculise jamais un enfant qui a peur », insiste Stéphane Clerget.

Le film effrayant, plus inquiétant que le jeu

Contrairement à une maison hantée ou à un jeu entre enfants, l’écran place le jeune spectateur dans une position plus passive. Il a moins de moyens pour se protéger, comme s’enfuir. Les deux professionnels recommandent de ne jamais laisser un enfant seul face à une fiction effrayante. « Les films d’horreur peuvent provoquer des traumatismes, même chez des enfants de 10 à 12 ans, avec un stress aigu, et parfois un stress post-traumatique », alerte la psychologue Stéphanie Khalfa.

La présence d’un adulte bienveillant est donc nécessaire, notamment pour mettre des mots sur les images, ou tout simplement éteindre l’écran… « Avoir une peur intense ne rend pas plus résilient. Le risque est de fragiliser son enfant », appuie le docteur Stéphane Clerget, qui insiste sur le rire pour désamorcer l’angoisse. S’amuser d’un squelette mal articulé, ou d’une citrouille édentée fait retomber la pression.

Avant de dormir, ranger les monstres au placard

La fête terminée, le déguisement et le maquillage ôtés, les monstres d’Halloween peuvent, parfois, rester dans la chambre à l’heure du dodo. Pour les deux spécialistes, il est important de prévoir un temps de retour au calme. La psychologue conseille d’éviter que l’enfant aille se coucher immédiatement après une expérience forte. Il lui faut un « sas de décompression » avant de rejoindre le lit, avec un jeu, une histoire ou une conversation agréable qui permet de détourner l’attention. Elle préconise aussi de poser des questions à son enfant sur son ressenti. « Quel est le moment où tu as eu vraiment peur ? Qu’est-ce qui t’a aidé à te rassurer ? »

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Autant de demandes qui peuvent aider les enfants à identifier leurs émotions, et aussi à découvrir qu’ils peuvent apprivoiser leur peur. Un apprentissage résumé par Stéphane Clerget : « [Halloween] peut leur apprendre qu’ils peuvent avoir peur, tout en conservant un sentiment de sécurité et de contrôle. »

*Auteur, notamment, de Les maux de vos ados (éd. Solar, 2026).

** Par ailleurs chercheuse associée à l’université Aix-Marseille, cofondatrice de la thérapie Mosaic sur la gestion du trouble de stress post-traumatique.

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