La Préfecture de police de Paris « rappelle » que se masquer ou porter une arme factice à Halloween peut être sanctionné. Mais elle oublie l’exception festive prévue par la loi de 2010. De quoi faire peur… à tort
Virginie Schadler
Publié le 29/10/2026 à 18h18 • Mis à jour le 29/10/2026 à 18h43
L'essentiel
- La Préfecture de police de Paris a publié un message sur X rappelant qu’à Halloween, « dissimuler son visage dans l’espace public est une infraction passible de 150 euros d’amende » et « Être porteur d’une arme, même factice, est passible de trois ans d’emprisonnement et 45.000 euros d’amende ».
- Mais ce message est incomplet et trompeur car il omet l’exception légale qui autorise à dissimuler son visage dans le cadre de fêtes comme Halloween.
- La loi française de 2010 interdit effectivement de dissimuler son visage dans l’espace public, mais prévoit des exceptions pour les fêtes, pratiques sportives et manifestations artistiques. Ce qui signifie que se déguiser pour Halloween ne constitue pas en principe une infraction.
«À Halloween, les règles restent les mêmes ! » La Préfecture de police de Paris a publié ce « rappel » sur X à la veille de ce week-end festif (et de mobilisations), accompagné de deux avertissements : « Dissimuler son visage dans l’espace public est une infraction passible de 150 euros d’amende » et « être porteur d’une arme, même factice, est passible de trois ans d’emprisonnement et 45.000 euros d’amende ». Jeudi soir, Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur, a affirmé que Halloween ne sera pas « un motif légitime pour se dissimuler le visage » et pour « commettre des troubles ».
À , les règles restent les mêmes ! 🎃 🚫 Dissimuler son visage dans l'espace public est une infraction passible de 150 € d'amende. 🔪 Être porteur d'une arme, même factice, est passible de 3 ans d'emprisonnement et 45 000 € d'amende. https://t.co/Yntjc3wUFi
— Préfecture de Police (@prefpolice) October 28, 2026
Le post a rapidement suscité des réactions ironiques et des mises au point juridiques. Nicolas Hervieu, professeur affilié à l’École de droit de Sciences Po, a notamment rappelé sur X que la loi prévoyait une exception à l’interdiction de se dissimuler le visage lorsque la tenue s’inscrit dans le cadre de fêtes. Le média Les Surligneurs a également apporté des précisions juridiques sur le sujet.
Du côté de X, des internautes se sont offusqués dénonçant une « propagande » tandis que d’autres ont réagi sur le ton de l’humour, conseillant sur le réseau social aux parents de choisir des déguisements de « pâquerettes ou papillons avec visages bien visibles » pour leurs enfants.
Si certains éléments du message de la préfecture sont exacts, celui-ci mélange plusieurs dispositions juridiques qui ne s’appliquent pas à toutes les situations.
Ce qui est vrai dans le post
La préfecture a raison sur un premier point : en France, la loi du 11 octobre 2010 interdit de dissimuler son visage dans l’espace public. Cette infraction est passible d’une amende pouvant atteindre 150 euros. Mais cette interdiction prévoit plusieurs exceptions. La loi autorise notamment les tenues qui dissimulent le visage lorsqu’elles sont justifiées par des raisons de santé ou qu’elles s’inscrivent dans le cadre de pratiques sportives, de fêtes ou de manifestations artistiques ou traditionnelles. En clair, se déguiser en sorcière, en squelette ou en clown pour Halloween ne constitue pas, en principe, une infraction.
Il existe toutefois une limite. Depuis 2019, le Code pénal sanctionne le fait de dissimuler volontairement son visage, sans motif légitime, lors d’une manifestation ou à ses abords immédiats. Cette infraction est passible d’un an d’emprisonnement et de 15.000 euros d’amende. La préfecture a donc raison de rappeler que la dissimulation du visage est encadrée par la loi. Mais elle omet une exception importante : celle qui concerne notamment les fêtes comme Halloween.
Ce qui est faux ou trompeur dans le post
Le message devient aussi trompeur lorsqu’il affirme que porter une arme, même factice, est passible de trois ans d’emprisonnement et de 45.000 euros d’amende. L’article 431-10 du Code pénal vise en réalité une situation précise : participer à une manifestation ou à une réunion publique en portant une arme. Différent donc, du simple fait de se promener avec un accessoire de déguisement pour Halloween.
D’autre part, encore faut-il qu’un objet factice soit considéré comme une arme. Selon l’article 132-75 du Code pénal, un objet qui ressemble à une véritable arme peut être assimilé à celle-ci s’il est utilisé, ou destiné à être utilisé, pour menacer de tuer ou de blesser. Un sabre en plastique ne transforme donc pas automatiquement un enfant déguisé en pirate en délinquant.
En dehors des manifestations, aucune interdiction générale ne sanctionne le simple port d’une arme factice dans l’espace public. Les préfets peuvent toutefois en interdire le port ou le transport par arrêté, selon les circonstances locales. C’est notamment ce qu’a fait la préfecture des Hauts-de-Seine à l’approche d’Halloween en 2022. Le non-respect d’un tel arrêté peut entraîner une amende de 150 euros.
La Rubrique Fake Off
Attention, tout de même, aux déguisements de policier ou de militaire. L’article 433-15 du Code pénal prévoit jusqu’à six mois d’emprisonnement et 7.500 euros d’amende pour le fait de porter publiquement une tenue ressemblant suffisamment à un uniforme officiel pour créer une confusion. Même à Halloween, mieux vaut donc éviter de jouer les faux policiers.
En résumé, les déguisements qui dissimulent le visage sont autorisés pour Halloween. Les armes factices ne sont pas interdites par principe, mais leur port peut être sanctionné lors d’une manifestation ou interdit par arrêté préfectoral lorsqu’elles prêtent à confusion. Enfin, porter un faux uniforme officiel susceptible de créer une confusion est passible de six mois de prison et de 7.500 euros d’amende.