Aux Beaux-Arts de Lyon, un « cours de grève » pour soutenir les lycées
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Aux Beaux-Arts de Lyon, un « cours de grève » pour soutenir les lycées

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Depuis la rentrée, les étudiants de l’École nationale supérieure des Beaux-Arts de Lyon sont en grève. Ce mercredi, ils organisaient leur première « vraie » journée d’université populaire avec des ateliers, des conférences et des projections

«On a une journée chargée. » Devant une cinquantaine de personnes qui viennent d’assister à la conférence « muscles antifa, éléments de philosophie politique », Rose*, professeure à l’École nationale supérieure des Beaux-Arts (Ensab) de Lyon, annonce le programme de cette journée « d’université populaire » ou « cours de grève ».

« On a des ateliers de design d’affiches graphiques, car ça s’apprend à faire une affiche lisible pour faire de la bonne propagande », lance-t-elle devant un public assis sur les pavés de cette cour intérieure. Cet événement a lieu sous la verrière des bâtiments des Subs, ancien couvent puis site des Subsistances militaires, qui abritent les locaux de l’école.

« Au 2e étage, vous avez des discussions autour du syndicalisme et un atelier Super-8, pour travailler les bobines, poursuit l’enseignante. Sans oublier la conférence de Fatima Ouassak cet après-midi et constamment, de la sérigraphie sur t-shirt. » Derrière elle, des banderoles « solidarité totale avec les lycéen.nes » ou encore « écoles d’art en lutte » sont brandies sur les escaliers des bâtiments. Dans un autre coin de ce grand espace, une cuisine solidaire s’est installée, proposant du dhal « à prix libre ».

« Depuis la rentrée, on est en grève, explique Nina*. Enfin, on n’a eu qu’une semaine de cours "normaux" car dès la deuxième semaine, on a voté la grève. Mais l’école n’est pas bloquée. On peut continuer d’aller en cours si on le souhaite, et si on fait grève, nos absences ne sont pas comptées. » Pour la majorité des étudiantes et étudiants, il était « évident » de se mobiliser dans le sillage du mouvement lycéen, commencé fin septembre, qui réclame plus de moyens pour l’éducation.

« Notre école est située juste en dessous du lycée La Martinière-Diderot où on a vu des lycéens se faire gazer, détaille Sarah*. Après la sidération, il fallait qu’on entre en action et qu’on montre notre soutien. Ça nous semblait vital. » Très vite, le collectif « Ensab en lutte », qui regroupe une centaine de personnes – sur 350 élèves –, a mis à disposition les locaux et leurs moyens pour les jeunes.

Tranquillement, les participantes et participants se lèvent et rangent les plaids qui avaient été distribués pour faire face au froid et à la grisaille lyonnaise de novembre. « Je vais aller à l’atelier Super-8 », lance Eliot, 24 ans, à son amie Clémentine. Passionné par la photographie, mais « pas du tout étudiant en art », il a sauté sur l’occasion en voyant passer l’information « sur Insta ». « Je sors d’école de commerce où j’ai eu un master, mais je suis en recherche d’emploi, explique-t-il. Depuis le début, je suis en soutien des mouvements lycéens et étudiants. » Pour lui, l’université populaire est « une super initiative » qui permet de montrer « qu’on aime apprendre, qu’on veut le faire » et que « tout le monde peut se partager ses savoirs ».

Dans la cage d'escaliers de l'école nationale supérieure des Beaux-Arts de Lyon.

Dans la cage d'escaliers de l'école nationale supérieure des Beaux-Arts de Lyon. - E. Martin / 20 Minutes

À l’étage, c’est Julie qui reçoit les intéressées et intéressés de la bobine. Shana, Elena et Rita, la vingtaine, se regroupent autour d’une pellicule, et regardent à la loupe, des images récupérées dans des brocantes. « Oh, c’est une vache ! », lance une d’entre elles. « J’ai écrit révolte en grattant la bobine », indique une autre. Sur la sienne, Rita, elle, a raconté une histoire autour d’une explosion de lumière et d’un petit garçon, une « sorte de métaphore de la montée du Rassemblement national », précise-t-elle. Ces trois étudiantes en master à Lyon-2, à Bron, n’ont pas cours depuis un mois, leur établissement étant bloqué. « On en profite pour faire des manifestations, des conférences ou des ateliers comme celui-ci », expliquent-elles, ravies d’avoir « cette possibilité » et restant « en total soutien du mouvement ». Sur leur campus, des activités similaires sont proposées pendant ce « blocus festif ».

Du soutien jusque dans les escaliers

Pour Julie, technicienne aux Beaux-Arts depuis un mois, proposer cet atelier, est aussi une forme de soutien. « On avait envie de travailler avec les étudiantes et étudiants sous des formes artistiques et engagées, explique-t-elle. En parallèle, on leur a passé une caméra Super-8 et trois films pour qu’iels puissent faire des images des mobilisations. Ce qui pourra servir, s’iels le souhaitent, d’archives. » Son atelier a eu tellement de succès qu’elle a délocalisé une partie de la salle. « On va essayer d’assembler tous les bouts et faire une projection ensuite », dit-elle, fièrement.

Le soutien au mouvement lycéen s’affiche même dans la cage d’escalier. « Grève », « n’allez pas en cours mais restez à l’école », « ce qu’on peut faire à la place d’aller en cours », avec, comme exemples, « mettre à contribution nos ressources d’impression, nos compétences et notre temps pour les lycéens ». Les étudiantes et étudiants ont d’ailleurs récolté du matériel « pour la lutte ». Pinceaux, peintures, feutres… « De quoi faire des pancartes pour les manifs, par exemple », explique Alexia*. « Ce ne sont que des dons individuels, on n’a pas de peinture illimitée par l’école », indique-t-elle.

Encore plus d’universités populaires

À 14h30, la verrière est « remplie ». Plus de 250 personnes écoutent attentivement la militante écologiste et antiraciste Fatima Ouassak, également cofondatrice du collectif Front de mères, syndicat de parents dans les quartiers populaires. « J’ai adoré », lance Sophie*, fonctionnaire. « Je ne travaille pas aujourd’hui, donc c’était l’occasion de venir l’écouter, développe-t-elle, un tract entre les mains. Ça fait du bien aussi d’avoir des temps militants différents, qui peuvent servir de boussole, autant individuellement que collectivement. »

Sara, 28 ans, partage cet avis. Elle a été « attirée » par les thématiques proposées. « La conférence sur l’enfance et les luttes mais aussi l’atelier d’autodéfense », prend-elle comme exemple. Pour elle, l’université populaire est « la meilleure manière d’allier la culture, le symbole et le militantisme ». Elle aimerait d’ailleurs que le concept d’université populaire se développe davantage, et qu’il puisse se faire « hors les murs » afin d’être « encore plus accessible à tous les publics ».

Un programme imaginé en assemblée générale

Ce mercredi, c’est la « vraie » première organisée par l’Ensab. La semaine dernière, c’était « juste » des ateliers populaires. Les participantes et participants ont créé collectivement une mascotte qui sera la tête de leur cortège de la manifestation de ce jeudi. « On a fait aussi une BD autour de la lutte », expliquent Lisa, Nina, Sarah, qui ont participé à l’organisation. Pour ces journées d’université populaire, l’Ensab en lutte s’est inspiré d’autres facs à Lyon comme Lyon-2, mais aussi l’ENS.

Les étudiant.es récoltent des dons de matériel pour les manifestations.

Les étudiant.es récoltent des dons de matériel pour les manifestations. - E. Martin / 20 Minutes

Comment est imaginé le programme ? « En assemblée générale, chacun, chacune a proposé son "université populaire" de rêve, avec des intervenantes et intervenants, des ateliers, des projections de films, etc. […] L’idée est aussi d’utiliser toutes les énergies pour la lutte antiraciste et de viraliser des propos partout où on peut le faire », indique Rose.

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Quant à l’occupation des locaux : « On a de l’espace et du temps, c’est donc logique. En plus de notre soutien au mouvement, on est contre la répression policière ultra-violente, on se bat aussi pour plus de moyens pour les travailleurs et travailleuses de la culture, et contre l’extrême droite. C’est une des fonctions de l’art, que d’être revendicatif », appuie Lisa. D’autres journées d’universités populaires auront donc lieu. Jusqu’à quand ? « Jusqu’à la fin du capitalisme », s’exclame Alexia, en souriant.

*Les prénoms ont été modifiés.

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