De notre envoyé spécial à la Plénitude Arena,C’est une opération de mathématiques qui ne devrait pas vous donner trop de fil à retordre. Qualifié pour les demi-finales du Masters 1000 de Paris, ce vendredi,...
De notre envoyé spécial à la Plénitude Arena,
C’est une opération de mathématiques qui ne devrait pas vous donner trop de fil à retordre. Qualifié pour les demi-finales du Masters 1000 de Paris, ce vendredi, après sa solide victoire face au qualifié australien Rinky Hijikata (6-4, 6-7, 7-5), Luca Van Assche sera lundi, au minimum, 34e joueur mondial. Lui qui était 238e au classement ATP à la fin de l’année 2025 aura donc gagné (roulement de tambour)… 204 places en un an. Une soustraction que Van Assche pouvait presque faire à peine sortie du ventre de sa mère.
Car la bonne surprise de cette semaine parisienne a les maths dans la peau, et même plus que ça. En plus de son parcours sur le circuit, Van Assche est lancé dans une deuxième année de licence dans le cursus Mido (Mathématiques et Informatique de la décision et des organisations) à l’université Paris-Dauphine-PSL PSL. Au programme, de l’algèbre linéaire, des probabilités, de l’analyse mathématique… Tout ce qui vous crame le ciboulot en moins de deux minutes. Pas pour lui.
« Même si je gagne 50 Grands Chelems, je ne pourrai pas jouer jusqu’à 60 ans, c’est pour ça que je continue d’étudier les maths, et ça me plaît. C’est difficile de concilier les deux, mais pour le moment je m’en sors bien, donc c’est cool » disait-il avant les Next Gen ATP Finals de Jeddah en 2024. Et, s’il s’en sort si bien, c’est que Luca Van Assche ne doit pas se pointer quotidiennement dès potron-minet dans les amphis. Il fait partie du « parcours Talents » de l’université, un programme qui permet aux sportifs de haut niveau de concilier leur passion avec des études d’excellence.
« On est sur une université très sélective, qui fait partie des cinq meilleures au monde, nous explique Stéphane Boutillier, professeur d’EPS, référent sportif de haut niveau à l’université Dauphine PSL. Avec le parcours Talents, les deux premières années sont étalées sur trois ans. Mais quand on est sur quelqu’un qui est déjà arrivé à un niveau international, comme Luca, on peut aller beaucoup plus loin et l’étaler sur beaucoup plus de temps. »
Grâce à ce programme, l’université met à disposition de Luca Van Assche des professeurs qui lui font des cours selon ses disponibilités. « Après, il passe les partiels au même titre que les autres, même si ce n’est pas au même moment, indique Stéphane Boutillier. Ce n’est pas du tout le fonctionnement à l’américaine où on va adapter les partiels au niveau de l’étudiant. Là , quand il sortira avec sa licence de Dauphine, il aura le même niveau académique que les autres, avec les mêmes partiels. »
« Mon emploi du temps est adapté à ma carrière sur le circuit, explique Van Assche. Entre les tournois et les entraînements, je suis mes cours en ligne, partout où le tennis m’emmène. » Ce qui peut provoquer quelques situations pour le moins cocasses. « Le matin, à 7 heures, on était au CNE (Centre national d’entraînement de la FFT), où on lui a fait passer un partiel jusqu’à 9 heures, développe le professeur. Derrière, il y a un taxi qui l’a amené Gare du Nord pour partir à Wimbledon. À 10h30, il avait son train. »
« Un équilibre lié aux maths »
Mais pourquoi Luca Van Assche s’impose tant de souffrances ? Parce qu’il en a besoin, tout simplement. Dans la discussion qu’il a eue avec le joueur et ses parents avant d’entrer à Dauphine, Stéphane Boutillier a vu que le tennisman français avait cette nécessité d’être sollicité et occupé intellectuellement : « Luca a besoin de cet équilibre qui est lié aux maths et à des maths de très très haut niveau. Il a besoin intellectuellement d’avoir un décrochage par rapport au sport en faisant des études de niveau supérieur. »
Luca Van Assche en quarts de finale du Masters 1000 de Paris. - Christophe Saidi/SIPA
Et même quand le tennis allait moins bien l’année dernière, pour lui qui a rapidement été dans le top 100 avant de dégringoler au-delà de la 300e place mondiale, il n’a pas abandonné ce double parcours. « Son gros point fort, c’est comme pour le tennis, c’est sa capacité de travail, reprend Boutillier. C’est un travailleur. C’est quelqu’un qui ne rechigne pas la tâche. » Et qui va même demander du travail en plus pendant l’été, jamais sonné par les chiffres et les équations à plusieurs inconnues.
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Cela commence même à avoir un impact sur le terrain, car Van Assche se penche de plus en plus sur les analyses statistiques de ses matchs. « Il aime bien réfléchir, analyser les choses, mais il ne faut pas que ce soit au détriment de l’utilisation de ses qualités physiques, qui sont au moins aussi bonnes que ses capacités intellectuelles, témoigne son coach Sébastien Villette dans L’Equipe. Ça n’aide pas toujours de trop réfléchir. Luca pouvait chercher des solutions à des problèmes qui n’existaient pas. » Typiquement le comportement d’un matheux.