À ses patients, il affirmait que c’était « l’Être » qui leur parlait. Antonino Mercuri se présentait comme le porte-parole de cette entité spirituelle. Il jurait aussi avoir soigné François Mitterrand pendant...
À ses patients, il affirmait que c’était « l’Être » qui leur parlait. Antonino Mercuri se présentait comme le porte-parole de cette entité spirituelle. Il jurait aussi avoir soigné François Mitterrand pendant dix ans et Bill Clinton, et vendait des « soins » à distance, envoyés par simple SMS.
Ce lundi, cet homme de 64 ans, un ostéopathe devenu, selon l’accusation, coach de vie et guide spirituel, comparaît devant la 13ᵉ chambre du tribunal correctionnel de Paris. Accusé d’avoir placé ses clients sous emprise pour les dépouiller, il répond d’abus de faiblesse au préjudice de 51 personnes. Il est également poursuivi pour exercice illégal de la médecine, blanchiment, et une fraude fiscale de plus de 4,1 millions d’euros. Des accusations qu’il conteste fermement.
Dans une ordonnance de renvoi de près de 300 pages consultée par 20 Minutes, la justice décrit l’emprise mentale et financière bien rodée exercée par le prévenu sur ses victimes. Trois autres personnes sont aussi renvoyées devant le tribunal dans ce dossier pour complicité, blanchiment ou fraude fiscale.
Au départ, les victimes venaient souvent pour des soins d’ostéopathie ou suivaient une psychothérapie. « L’essentiel de sa clientèle ce ne sont pas des stars, explique Me Mathieu Petresco, avocat des parties civiles aux côtés de Me Olivier Morice. Ce sont des gens assez ordinaires, qui avaient sans doute une certaine fragilité à l’origine. Elles ont consulté une thérapeute qui est aujourd’hui décédée et qui les a orientées vers lui parce qu’elle était elle-même sa patiente. Elles ont suivi une psychothérapie et derrière, elles ont suivi des soins, des méditations… »
Peu à peu, le praticien fixe le cadre : privations de nourriture, séances de sport imposées, stages présentés comme obligatoires, éloignement du circuit médical conventionnel, isolement progressif de l’entourage. « Sous couvert de soins, parfois dispensés à distance - même sur des animaux –, de stages, de méditations, il tenait un discours de toute puissance. Il les a mises sous son emprise progressivement, en a profité pour abuser d’elles sur le plan financier d’abord, poursuit l’avocat. Il se considérait comme le messager de Dieu, de "l’Être" comme il disait, une entité spirituelle qui donnait la vie. Et si on quittait le groupe, on risquait selon lui de perdre la vie. C’est comme ça qu’il les tenait aussi. »
Des millions d’euros et des chèques de caution
Derrière les discours spirituels, la facture était particulièrement salée. Pour intégrer le cercle restreint des « associés », les contributions mensuelles demandées pouvaient atteindre 16.500 euros. Ses séances, parfois délivrées à distance, étaient facturées entre 120 euros et 500 euros l’unité. « Pratiquement l’intégralité de leurs revenus passait là-dedans. Au point de ne plus pouvoir payer leurs impôts ou leurs loyers, déplore le conseil des parties civiles. Quand elles n’avaient plus d’argent, il leur faisait des reconnaissances de dettes. Elles faisaient aussi des chèques de caution, et si elles avaient des velléités de quitter le groupe, il encaissait les chèques alors qu’elles n’assistaient plus à aucune réunion. »
Lors des perquisitions, les enquêteurs ont mis la main sur 301 reconnaissances de dettes, pour un total de 987.214 euros, et 5.727 chèques. Au total, les registres de comptes saisis font apparaître un montant global de 11.985.166 euros portés aux registres entre 2012 et 2018. « Parfois, elles ont tout perdu, elles ont commencé à vider leurs comptes puis à faire des emprunts. Et quand cela ne suffisait pas, certaines ont vendu leur appartement et se sont retrouvées en colocation avec d’autres membres du groupe qui étaient également exsangues », ajoute Me Petresco.
Espèces, viagers et montres de luxe
Au fil du temps, les règlements sont passés de plus en plus sous le radar. « Comme il voyait que ses revenus augmentaient de manière légale et qu’il devait les déclarer, il a fini par n’exiger plus que des espèces, relate Me Mathieu Petresco. On a retrouvé des sommes astronomiques chez lui, dans ses coffres. »
Ces flux financiers ont notamment servi à acquérir des objets de valeur. Antonino Mercuri s’était constitué une collection d’une centaine de montres de luxe achetées chez des joailliers parisiens, pour un prix d’achat total établi par les enquêteurs à 2,43 millions d’euros. « Il demandait parfois à ses clientes de payer directement le bijoutier qui les lui vendait », indique l’avocat. L’homme affirmait également posséder un patrimoine immobilier d’un peu moins de 50 biens - surtout des viagers –, qu’il estimait lui-même entre 10 et 12 millions d’euros lors de sa garde à vue.
Sur le plan médical, la justice lui reproche d’avoir exercé illégalement. Il posait des diagnostics, établissait des bilans de santé et délivrait des prescriptions. Le prévenu promettait aussi des guérisons à des personnes gravement malades, assurant notamment à une patiente, lors de soins à distance : « je vais tenter de réduire la masse » de sa tumeur.
« Un procès en sorcellerie »
Après une décennie de procédure, l’ouverture du procès est particulièrement attendue par les parties civiles. « Nos clients attendent qu’on leur rende justice, que leur préjudice soit reconnu et qu’il soit condamné, à la fois à rembourser leurs préjudices matériels et à indemniser leurs préjudices moraux, souligne Me Petresco. Ces personnes attendent sereinement ce procès depuis très longtemps. Elles ont envie que le processus aille à son terme. »
Une lecture contestée point par point par le camp du prévenu. Dans un communiqué transmis par ses avocats, Me Olivier Pardo et Me Manon Sieraczek-Laporte, la défense d’Antonino Mercuri dénonce la démarche de l’accusation qui « entend faire juger » les « médecines alternatives » et la « méditation » et parle d’un « procès en sorcellerie ».
« Celles et ceux qui consultaient Antonino Mercuri étaient des adultes instruits, insérés professionnellement, qui ont choisi librement de recourir à ses soins et étaient libres d’y mettre fin. Nombre d’entre eux l’ont d’ailleurs fait, de leur propre initiative », écrivent ses conseils. Ils soulignent également que « la grande majorité » des personnes présentées comme victimes par l’instruction déclarent ne s’estimer « victimes de rien », et rappellent que sur plus de 4.000 patients reçus au cours de sa carrière, seules 13 personnes se sont constituées parties civiles. Le procès doit se tenir jusqu’au 4 novembre.
%3Afill(blur)%2F2026%2F10%2F05%2F6ac3b51d3d4e0866721484.jpg&w=3840&q=75)