Et si toutes les femmes s’arrêtaient pendant 24 heures ?
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Et si toutes les femmes s’arrêtaient pendant 24 heures ?

✓NEWSLY Rédaction
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Ce mardi, le mouvement World with women invite les femmes qui le peuvent à arrêter leur travail et leurs tâches domestiques. Que se passerait-il si elles le faisaient toutes ? Fanny Gallot et Rachel Silvera décrivent un pays paralysé à « 20 Minutes »

Imaginons un mardi comme les autres, sauf qu’aucune femme ne travaille, ni contre une rémunération, ni gratuitement à la maison. À quoi cette journée pourrait bien ressembler ? Prenons l’exemple avec un père de famille. L’absence de contribution de sa partenaire peut très vite se faire ressentir. Dès le réveil, il faut penser à la préparation du petit-déjeuner, habiller les enfants et les emmener à l’école. Sauf que, devant l’établissement, « la porte est fermée », lance l’économiste féministe Rachel Silvera. Car, selon l’Education nationale, 71 % des enseignants du public sont des femmes, 86 % dans le premier degré. Les crèches aussi sont closes, car les femmes représentent 99 % des auxiliaires de puériculture, et 97 % des assistantes maternelles, d’après les chiffres de l’Insee.

Au bureau, sale, car 73 % des agentes d’entretien sont des femmes, le téléphone sonne dans le vide toute la journée, 97 % des secrétaires étant des femmes. A midi, rien à manger car ce sont les femmes qui tiennent les cantines ou font les gamelles de leur conjoint. Le soir, il faut continuer de gérer les enfants, leurs devoirs, leur toilette, mais aussi faire courses, – sans caissière car elles représentent 76 % des employés – puis improviser un dîner.

Un souci de santé ? Pas besoin d’aller jusqu’à l’hôpital, car lui aussi sera incapable de fonctionner sans les aides-soignantes (plus de 90 % de femmes) et les infirmières (87 %), selon Séverine Lemière, interrogée par Brut. « L’Ehpad risque d’appeler pour dire qu’un parent n’a personne pour s’occuper de lui et qu’il faut venir en urgence, ajoute l’économiste. On peut continuer encore longtemps. »

Chez soi, l’arrêt est donc tout aussi net. Des chiffres de l’Ined montrent que dans les couples hétérosexuels où les deux travaillent et ont un enfant de moins de 14 ans, les femmes assurent en moyenne 72 % de la gestion du linge, 62 % de la préparation des repas et 60 % du ménage. « Si ces tâches cessent d’être prises en charge par les femmes, elles ne sont plus prises en charge du tout », indique l’historienne et sociologue Fanny Gallot. Selon Rachel Silvera, ce travail est « doublement invisible », en étant non rémunéré parce qu’on pense qu’il n’y a qu’à effectuer les tâches.

Des travailleurs de la fonction publique et des syndicats français assistent à une manifestation lors d'une journée de grève nationale et interprofessionnelle pour défendre les salaires et l'emploi.

Des travailleurs de la fonction publique et des syndicats français assistent à une manifestation lors d'une journée de grève nationale et interprofessionnelle pour défendre les salaires et l'emploi. - J. Witt/SIPA

Car aux tâches ménagères s’ajoute la charge mentale. « C’est aux femmes d’anticiper et d’avoir tout en tête », illustre Fanny Gallot. Préparer le sac de sport des enfants, organiser les prochaines vacances, faire les démarches administratives, s’il y a une aide extérieure, il faut la recruter, gérer ses horaires, son salaire etc. « De plus en plus, les chiffres évoluent avec une plus grande participation du conjoint. Mais il va aller chercher du lait parce qu’on le lui a demandé, pas parce qu’il s’est dit qu’il n’allait plus y en avoir », complète-t-elle. En résumé, en France, si 100 % des femmes s’arrêtaient vraiment ce mardi, « le pays serait complètement paralysé », assure l’historienne et sociologue.

Pourquoi se mobiliser

Des journées de mobilisation comme celle du 13 octobre servent ainsi à « visibiliser tout le travail domestique non rémunéré effectué dans la famille, essentiel à la poursuite du travail professionnel » mais aussi à rappeler le « rôle central » des secteurs où travaillent en majorité les femmes. Pour Fanny Gallot, en arrêtant tout ce travail gratuit, « on peut montrer l’ampleur de toutes ces tâches, invisibles pour l’autre et pour la société dans son ensemble. »

Le travail de soin et de relation aux autres est gratuit dans la famille, et dévalorisé quand il devient un métier. Après plus de vingt ans d’ancienneté, une sage-femme gagne ainsi environ 400 euros de moins par mois qu’un ingénieur hospitalier, à niveau bac + 5 égal, ont montré Rachel Silvera et Séverine Lemière. Ces métiers sont « mal payés parce qu’ils sont systématiquement dévalorisés du fait qu’ils sont occupés par des femmes et qu’on pense que ce sont des compétences innées et naturelles, le prolongement naturel de leur vie de mère, d’épouse, qui fait qu’elles pourraient éduquer, soigner naturellement en étant peu reconnues », souligne l’économiste.

À l'appel d'un collectif de 37 mouvements syndicaux, féministes, politiques organisateurs et associations, plusieurs milliers de personnes, principalement des femmes, ont défilé pour une marche des premières de corvées lundi 8 mars 2021 à Paris, à l'occasion de la journée internationale pour les droits des femmes, pour réclamer davantage d'égalité entre les sexes, dénoncer les injustices subies par les femmes, accentuées par la crise sanitaire.

À l'appel d'un collectif de 37 mouvements syndicaux, féministes, politiques organisateurs et associations, plusieurs milliers de personnes, principalement des femmes, ont défilé pour une marche des premières de corvées lundi 8 mars 2021 à Paris, à l'occasion de la journée internationale pour les droits des femmes, pour réclamer davantage d'égalité entre les sexes, dénoncer les injustices subies par les femmes, accentuées par la crise sanitaire. - I. HARSIN/SIPA

Et ces femmes sont celles qui peuvent le moins s’arrêter. « Il y a ce sentiment de culpabilité très fort dans tous ces métiers », observe Fanny Gallot. Il ne s’agit donc pas d’abandonner les patients, mais de construire un collectif avec les usagers et, si besoin, de « reprendre la main » en organisant ce travail autrement, souligne l’historienne et sociologue. L’enjeu est alors « d’introduire cette grève féministe dans d’autres contestations pour rappeler qu’une grève générale ne peut qu’être féministe ». « Le travail des femmes fait tourner le monde, elles sont essentielles et utiles dans l’économie », rappelle-t-elle.

Dans son ouvrage Le Cœur du capital : ces travailleuses de l’ombre qui font tourner le monde, Fanny Gallot, avec Hugo Harari-Kermadec, estime que ce « travail reproductif », celui qui permet de retourner travailler demain et de renouveler les générations, représenterait environ la moitié du PIB traditionnel.

Ça a déjà fonctionné ailleurs

Le scénario du début de cet article n’est pas une fiction. Le 24 octobre 1975, environ 90 % des Islandaises ont cessé de travailler, au bureau comme à la maison, lors d’un « jour de congé » plutôt qu’une grève, pour limiter les risques de licenciement. Résultats ? Des écoles fermées, des usines à l’arrêt, des journaux qui n’ont pas pu paraître, des vols annulés faute d’hôtesse de l’air… Le média Libcom indique même que ce jour-là, certains magasins étaient en rupture de stock de saucisses, un plat facile à préparer pour les familles.

En plus de la mobilisation par l’arrêt de leur travail, environ 25.000 personnes (pour une population totale de 220.000 habitants) ont défilé à Reykjavik. Le but de cette journée était de protester contre les bas salaires et démontrer la valeur du travail des femmes, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du foyer. Un an après, l’Islande a adopté la loi sur l’égalité des sexes, et en 1980, Vigdis Finnbogadottir a été élue, c’était la première femme présidente du pays.

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Fanny Gallot cite aussi la Suisse, en juin 2019, l’Espagne, en 2018 et l’Argentine, où des millions de personnes sont descendues dans la rue et ont fini par obtenir le droit à l’avortement. Ce mardi, World with women, le mouvement à l’origine de l’appel, veut susciter ce même engouement. Des rassemblements sont prévus un peu partout en France. « On va ainsi montrer que globalement, si les femmes s’arrêtent, tout s’arrête », conclut-elle.

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