Education des jeunes et sécurité de la population ne sont pas deux données qui s’opposent. A priori. Pourtant, dans les manifestations de lycéens et étudiants qui jalonnent les rues de France, notamment lors...
Education des jeunes et sécurité de la population ne sont pas deux données qui s’opposent. A priori. Pourtant, dans les manifestations de lycéens et étudiants qui jalonnent les rues de France, notamment lors de l’acte V ce mardi, on trouve des slogans tels que : « Du fric pour l’université, pas pour l’armée ». Une critique motivée par le manque de moyens dénoncés par les jeunes et leurs professeurs, nécessaires selon eux pour assurer les cours dans des conditions dignes.
Les étudiants défilent à Paris le 13 octobre 2026 en soutien au mouvement lycéen. - Capture d'écran BFMTV
A l’heure de la présentation du budget de l’Etat 2027 par Sébastien Lecornu, les revendications insistent sur les besoins pour l’école alors que dans le même temps, le budget de la Défense a augmenté ces dernières années. Attisé par la guerre en Ukraine et une Russie menaçante, il a bénéficié d’une rallonge de 36 milliards d’euros sur cinq ans, en plus d’un budget porté à 413,3 milliards d’euros pour la période 2024-2030, soit une enveloppe annuelle de 2,5 % du PIB, contre 1,6 % en 2023, selon Eurostat. Ça reste en dessous du budget alloué à l’Education nationale, qui s’élevait à 5 % du PIB en 2023, contre 6,7 % en 2025. Mais comparaison n’est pas raison.
Même si « ces hausses en faveur de la Défense ne se font pas au détriment de l’Education nationale », le budget de cette dernière stagne et c’est bien le décalage entre les deux qui alimente la colère, entre autres, souligne Sylvie Matelly, économiste spécialiste des questions de défense et directrice de l’Institut Jacques Delors. « Il faut trouver un coupable, ajoute-t-elle, et cette forte augmentation apparaît, injustement, comme une barrière au budget de l’Education. » Les investissements pour la sphère militaire « sont financés par la dette », précise Fanny Coulomb, maîtresse de conférences à Sciences Po Grenoble.
« Dire qu’1 euro de plus pour la Défense signifie 1 euro de moins pour l’éducation serait trop simpliste, abonde Lilas Demmou, économiste principale au département des affaires économiques de l’OCDE. Mais le slogan pointe une vraie tension. » Symboliquement, il y a derrière l’idée que les jeunes préfèrent étudier que d’être envoyés à l’armée. Un slogan qui n’est pas nouveau. Déjà en 1986, alors que la Guerre froide régissait les relations internationales, « il y avait cette revendication », se souvient Sylvie Matelly. Mais à l’époque, le budget de l’armée (195,27 milliards de francs) était supérieur à celui de l’Education (169,2 milliards de francs), selon les chiffres du Sénat.
Le budget de la défense, un rattrapage
Depuis la fin des années 1990, les pays de l’Union européenne ont « sous investi » dans leurs armées. « La hausse d’aujourd’hui est un rattrapage », et il est bien moindre en France que chez ses voisins européens, explique Fanny Coulomb, qui a fait les calculs pour son cours d’économie : entre 2014 - date de l’annexion de la Crimée par la Russie - et 2025, le budget de la France pour les armées a augmenté de 28 %, contre + 154 % en Allemagne et + 352 % en Pologne sur la même période. En face, le budget de l’Education est resté plus ou moins stable, confronté à une inflation toujours plus pesante.
Tous nos articles sur le mouvement lycéen
Dans un pays « qui fonctionne bien, le système éducatif tourne et l’armée assure la sécurité de la population, ce sont même deux entités complémentaires », souligne encore Sylvie Matelly. Ça serait même « contradictoire de déshabiller l’éducation pour habiller la Défense », insiste Fanny Coulomb. Le secteur des armées est en effet « porté par des technologies de pointe qui nécessitent des ingénieurs de haut niveau » formés… à l’école.